2020, Ah l’an foiré…
Voilà. Nous y sommes. Cette année pourrie entre toutes touche enfin à sa fin. Tout va redevenir idéal à partir de maintenant… vraiment ?
Voilà. Nous y sommes. Cette année pourrie entre toutes touche enfin à sa fin.
Et à moins d’un astéroïde farceur, d’extra terrestres au timing à l’ouest ou d’une momie vengeresse, nous devrions passer à 2021 en croisant tous les doigts que nous avons pour revenir enfin à la normale…
A la normale… vraiment ?
Beaucoup d’entre nous ont perdu des proches. Certains un travail et d’autres des projets. La période des fêtes et son habituelle avalanche de cadeaux est au mieux un pansement sur la jambe de bois d’un pouvoir d’achat en lambeaux et pourtant…
Si l’on regarde 2020 d’un autre point de vue que celui de nos quotidiens, qu’avons nous vécu ?
Une zoonose a mis une bonne partie de la planète à l’arrêt alors même que ses conséquences sanitaires pures sont en deçà de causes de mortalités que l’on trouve habituellement très supportables (comme les morts liées aux pollutions de l’air ou à la qualité de notre alimentation pour rester dans des sujets de pays riches)…
Pendant ce temps, l’OMM arrivait à bout de sa liste de noms d’ouragans au premier tiers de la saison Atlantique, signant par là une année record pour le nombre d’événements météo extrêmes
Et 2020, pendant que l’on passait nos confinements à rafraichir les résultats de Netflix ou à relire Wikipedia pour la 4ème fois, se positionnait pour être l’année record d’une décennie elle-même record niveau températures.
Bref, un virus arrivant au contact de l’humanité parce que quelqu’un, quelque part a trouvé spirituel de manger une chauve souris ou un pangolin, ou les deux. Ou plus probablement, n’a trouvé que ça à se mettre sous la dent…
Un virus qui nous a fait lever le nez des catastrophes déjà en cours pour nous concentrer sur nos malheurs du quotidien et oublier au moins en partie d’où ces malheurs venaient.
Il n’y a pas de problème du Covid-19 et du dérèglement climatique.
L’un est une conséquence hélas prévisible de l’autre.
Alors on fait quoi ?
Vivement le business as usual… vraiment ?
“Nous sommes en guerre” nous a-t-on annoncé. Avec la pompe et la superbe de circonstance. Ok, mais en guerre contre quoi ? Un virus que nous avons nous-même amené à nos portes ?
Non.
Nous sommes en guerre pour préserver notre mode et notre confort de vie. Nous sommes en guerre contre la réalité d’un monde qui n’en finit plus de nous donner des signes évidents d’épuisement.
Épuisement à un tel point que l’industrie qui nous avait permis de passer le choc du pic pétrolier de 2007 est elle-même en train de s’effondrer. Menaçant la fourniture du pétrole, sang de nos économies…
Pour rappel, c’est la même industrie qui fait bondir les chiffres de leucémie dans les endroits où elle va chercher son précieux liquide.
La même qui laisse des paysages défigurés, vérolés par notre soif insatiable de pétrole.
Le dernier exemple en date de nos appétits énergétiques insatiables.
Nous sommes en guerre.
Contre notre monde.
Et il nous le rend bien.
Mais attendez, il parait que l’on va s’en sortir “quoiqu’il en coûte” ! Est-ce que ça voulait dire que nous allons sauver des vies et des emplois au mépris de notre avenir, encore ?
Il semblerait, puisque quelques centaines de milliards et 30 points de dette plus tard, on attend encore de voir un sursaut de nos trajectoires politico-économiques pour éviter que cet an foiré se reproduise.
La critique est facile, l’art est difficile
Travaillant moi-même dans la gestion de crise, je suis régulièrement ulcéré des réactions de polémistes de caniveau qui, dans le confort de leur fauteuil et de leur compte Twitter se sont improvisés tour à tous épidémiologistes, ministres, présidents ou plus récemment constitutionnalistes.
En temps de crise on arrête l’incendie et après on réfléchit. Et c’est globalement ce que nos pays ont fait avec toute l’imperfection attendue d’une situation inédite qu’il est beaucoup trop facile de critiquer à postériori.
Mais, et c’est un gros “mais”, maintenant que les solutions à cette crise particulière sont en vue et que les scientifiques du monde entier nous ont trouvé un vaccin, il est temps de penser l’après. L’après qui pourrait soit être un retour à “la normale” en gardant bien attachées les œillères qui nous font espérer que le monde qui nous entoure n’a pas d’effet sur nous ou alors…
Tenir compte du fait que l’on vient de vivre un an foiré à cause d’une zoonose.
Tenir compte du fait que transformer la planète en bouillon de culture géant ne peut pas avoir de conséquences riantes
Tenir compte du fait que tous nos efforts pour préserver le toujours pareil ne nous ont fait que creuser une tombe toujours plus profonde. Et que le retour à “la normale” est une chimère qui est en train de passer d’illusoire à mortifère.
On commence à voir la lumière au bout du tunnel de la crise sanitaire. La crise socio-économique qui va suivre promet des remous au moins aussi violents. Et en toile de fond, la crise climatique ne cesse de s’accélérer.
Nous pouvons soit demander un changement de trajectoire radical.
Soit nous résigner à vivre d’autres ans foirés.
La norme est morte en 2020, bienvenue dans le retour à l’anormal.
Nous avons tout ce qu’il faut pour penser le monde dans les limites qu’il nous impose. Nous n’avons qu’à faire le choix de les accepter.
Pour finir sur une note un peu plus légère, et parce qu’il faut rendre à César ce qui est à Jules, j’ai éhontément volé le jeu de mot titrant cet article à Fussoir qui offre au moins quelques sourires même dans nos temps troublés.



