2026 - Crise de l’abondance - Et maintenant ?
Depuis bientôt deux mois, le monde est suspendu aux déclarations où le catastrophique côtoie l’absurde quotidiennement et où chacun d’entre nous court le risque de la surcharge informationnelle à tenter de comprendre ce qui se passe.
Faisons un tour d’horizon de la stratégie des différents acteurs avant de tenter de discerner une trajectoire.
Côté États-Unis : main basse quoiqu’il en coûte sur le pétrole
Si l’on va au-delà du bruit et de la fureur de l’administration Américaine, la stratégie appliquée est celle qui a été inscrite dans la version 2025 de la National Security Strategy : sécuriser une position de domination déclinante face à la Chine en s’assurant les approvisionnements nécessaires en ressources critiques.
En premier lieu et parce que l’administration actuelle vit encore au XXème siècle,
cela signifie le pétrole.
Attaque au Venezuela, menaces sur le Canada, le Nigeria, le Groenland, guerre en cours en Iran… Le seul point commun de tous ces épisodes est la présence de pétrole dans des pays présumés faibles.
A l’ouest rien de nouveau répliqueront les cinéphiles parmi vous. Sauf que si. Là où les précédentes administrations n’étaient pas contre un gros mensonge face caméra pour sécuriser les champs Irakiens, l’actuelle est prête à toutes les contorsions rhétoriques (quitte à se contredire d’un jour à l’autre) tant que cela apaise quelques instants un monde qui réagit au tweet et à l’oeil sans jamais prendre le temps du recul.
A ce propos, des alertes commencent à se multiplier sur des mouvements financiers placés très opportunément juste avant des annonces médiatiques.
Comme le dit un internaute sur Reddit “It’s not even funny anymore”
Côté Chine : sécuriser la forteresse nationale
La Chine, adversaire désignée d’une Amérique en perte de confiance et de leadership, s’est posée depuis une trentaine d’années en intermédiaire incontournable entre des envies de pouvoir d’achat quoiqu’il en coûte des Occidentaux et une rentabilité quoiqu’il en coûte de leurs élites économiques.
Raffiner nos propres terres rares ? Pensez-vous, les Chinois le feront moins cher que nous et nous n’aurons pas à payer les conséquences environnementales.
Produire nos propres machines ? Allons, vous savez quel manque à gagner ce serait de ne pas le faire faire à l’autre bout du monde ?
Cette logique pourrait se défendre si toutes les parties autour de la table jouaient selon les mêmes règles. Mais les Chinois pensent à des pas de temps qui semblent invraisemblables à un décideur Occidental. Là où les uns voient un bénéfice immédiat conséquent et un gain de parts de marché, l’autre voit l’installation progressive d’une situation de dépendance unilatérale.
Autrement dit, la très classique stratégie du dealer : les premières prises sont quasiment gratuites, jusqu’à ce que vous soyez accro et là le prix augmente.
Le prix, ou même la simple disponibilité. Après avoir établi un embargo sur les exportations de terres rares non raffinées, s’assurant une place incontournable pour quiconque à la surface de la planète voudrait profiter de semi-conducteurs ou d’énergie renouvelable (entre autres), ils menacent maintenant d’un embargo sur le souffre indispensable entre autres aux engrais ou à la production de cuivre.
Le raisonnement est simple : puisque la guerre Américaine en Iran crée un risque sur notre agriculture domestique, on sécurise nos propres approvisionnements avant de se préoccuper de ceux des autres. Ce n’est pas comme s’ils étaient aussi dépendants au commerce que les autres, ayant fourni de la main d’œuvre à bas coût pendant des années.
Et Scott Bessent, le ministre de l’Economie Américain peut bien considérer que “le monde ne pourrait pas supporter une Chine avec un excédent commercial d’un trillion”, on se demande comment ils comptent l’empêcher.
Surtout si l’on ajoute à l’équation que la Chine tient le monde en joue du fait de la proximité de Taiwan. La Chine est une des plus vieilles implantations humaines se vivant comme une continuité politique. Ils pensent en décennies là où en face on pense au mieux en semaines.
Tant que l’on ne change pas d’échelle de temps dans nos réflexions, on ne peut pas comprendre ce qui se joue. Pour la Chine, ce qui se joue est la fermeture d’une parenthèse d’un siècle pendant lequel ils n’ont pas été la première puissance mondiale. Revenir à cette place leur parait être dans l’ordre des choses.
Et maintenant ?
Les remous en France et en Europe sont déjà nombreux alors que la crise n’a pas encore démarré chez nous. Le coût de l’énergie est une conséquence directe de fluctuations de marchés mais ne s’est pas encore traduit en pénuries à grande échelle.
“Pas encore” puisque les conséquences vont se répercuter en cascade dans les prochaines semaines et les prochains mois :
Il reste en Europe “peut-être 6 semaines de kérosène”. Si vous aviez des plans de vacances estivales ou que vous dépendez de livraisons par avion, vous devriez peut-être prévoir des alternatives.
Les perturbations sur la production d’engrais n’ont pas encore commencé à se faire sentir et couplé à de mauvaises perspectives climatiques la situation alimentaire mondiale pourrait se tendre. Créant des tensions de pouvoir d’achat chez nous mais de probables émeutes de la faim dans des pays moins fortunés, donc de nouvelles vagues migratoires en suivant.
Le tout sur fond de début de fronde contre l’IA qui réussit l’exploit historique de mettre en risque des pans entiers de l’économie avant même d’avoir fait la démonstration de sa propre viabilité. Stratégie du dealer, ici aussi.
Il peut-être tentant, face à un tableau aussi négatif de se détourner du problème et de prendre chaque jour comme il vient en se disant que de toutes façons, on n’y peut rien.
Tentant, mais contre productif. Se mettre la tête dans le sable n’a jamais sauvé quiconque et si l’on voit arriver les perturbations, on peut s’y préparer.
Vous ne pouvez pas faire changer Trump ou Xi d’avis ? Non. Mais vous pouvez vous désensibiliser au pétrole et aux semi-conducteurs.
Vous ne pouvez pas inverser la courbe du changement climatique seul.e avec vos bras musclés ? Non. Mais vous pouvez commencer à réfléchir à votre trajectoire économique avec d’autres indicateurs que la seule performance financière.
Vous ne pouvez pas tout résoudre seul.e ? Personne ne le peut. Mais nous pouvons faire le choix de travailler à des solutions avant qu’elles ne s’imposent à nous.
Parce que ceux qui veulent les imposer ne promettent pas des lendemains qui chantent. Ils promettent au mieux un “great again” qui nous mène tout droit à la confrontation mondiale et au pire à une déliquescence lente qui nous habituera, cycle médiatique après cycle médiatique, au pire.
Pour le moment, chacun.e d’entre nous a encore le choix.







