2026 : robustesse année 1 ?
Nous avançons doucement vers la fin de l’année et l’heure est aux premiers bilans pour comprendre ce par quoi nous sommes passés et ce que nous réserve la période qui s’ouvre.
Nous venons de vivre une année de montée en pression entre deux époques.
Le temps de la mondialisation heureuse apportant la prospérité aux peuples est définitivement derrière nous. L’organisation du monde et l’économie qui en découlait post seconde guerre mondiale se désagrège un peu plus chaque jour et rebat les cartes des possibles pour toutes celles et ceux qui portent des projets au jour le jour.
Le monde économique ne peut plus être l’aveugle au politique
Le premier enseignement de cette année 2025 est probablement celui-ci : avec un contexte politique et géopolitique aussi mouvementé et tendu que celui que nous connaissons, les projets d’entreprise ne peuvent plus faire l’impasse sur le contexte politique duquel ils et elles dépendent.
Vous vendez aux Etats-Unis ? Vos coûts de revient ont bougé 4 fois dans l’année avec les aller retours sur les tarifs douaniers.
Vous achetez en Chine ? Vos coûts de revient pourraient faire des embardées dans les mois à venir.
Vous êtes soumis à des déclarations de durabilité ? Vos obligations ont bougé au jour le jour avec les batailles réglementaires autour de la loi omnibus
Le réflexe de neutralité sur lequel se reposent une majorité des entrepreneurs ne tient plus. Considérer que la (géo)politique est trop éloignée de vos réalités quotidiennes pour qu’elle ne soit pas un enjeu fait désormais courir le risque qu’un plan bien ficelé vienne se fracasser contre une réalité d’approvisionnement ou d’accès à un marché qui aurait brutalement changé.
Évidemment, rares sont les entreprises qui ont l’oreille directe des dirigeants politiques et encore plus rares celles qui peuvent avoir une influence. Pour toutes les autres, vous et moi compris, cela revient à traiter l’actualité politique comme une exposition aux risques :
diversifiez autant que possible vos approvisionnements et vos parcours de vente,
considérez dans vos décisions d’investissement la durabilité de celles-ci. Si vous êtes dépendant d’une ressource en tension, la solution la plus économiquement avantageuse n’est pas forcément la plus durable.
La rationalité financière seule n’est plus suffisante
En lien direct avec le point précédent, compter sur le facteur prix pour mesurer sa pertinence économique ou prévoir ses financements risque de poser de plus en plus de problèmes pour les entreprises.
Côté approvisionnements stratégiques, l’arme de l’embargo a été ressortie autant par la Chine que par les Etats Unis et la montée constante des tensions internationales ne permet pas d’envisager une détente à court ou moyen terme.
Côté développement de grands secteurs, l’intelligence artificielle montre des signes d’essoufflement au moment où les premiers impacts concrets arrivent sur les approvisionnements du reste de l’économie.
Essoufflement lorsqu’à moins de 2 mois d’écart, Oracle est encensé puis conspué par la presse spécialisée pour des paris sur des centaines de milliards sur un secteur qui n’a pas encore fait la démonstration de sa rentabilité pérenne.
Au point que certains commencent à parler de “bulle de l’IA”
Quand le commentaire vient du patron du “M” de GAFAM, cela devrait interroger.
En parallèle de ces doutes, les pressions aux investissement commencent à avoir des conséquences réelles sur un secteur connexe à l’IA qui nous concerne tous : la micro informatique.
Les pressions à la fourniture d’un composant indispensable aux datacenters IA pose suffisamment de difficultés aux fabricants de mémoire vive pour que certains en viennent à abandonner les marques grand public.
Conséquence directe pour toutes les entreprises qui sont dépendantes d’une importante flotte informatique : les contrats d’approvisionnements courant sur plusieurs années sont à risque du fait de la hausse des prix et le poste de dépense informatique risque de connaître une inflation sensible dans l’année qui vient.
La finance au bord de la crise de nerfs
Si vous mettez bout à bout l’agitation géopolitique, la fuite en avant d’investissements inédits dans l’histoire de l’économie mondiale, le ralentissement de l’économie post pic des extractions de pétrole de 2018…
Vous avez tous les ingrédients pour une redite de la crise financière de 2008.
Et ne me prenez pas au mot, c’est l’avertissement très clair émanant de la banque d’Angleterre :
Et tout ceci est malheureusement très logique : nous sortons de deux siècles et demi de pensée politique et d’organisation économique fondés sur une croissance sans fin permettant l’amélioration des conditions de vie de la majorité pour que la machine continue de tourner. Sans énergie, pas de croissance. Si l’on passe un pic d’extraction, le pic de croissance arrive juste après. 2008 pour le pétrole conventionnel, 2018 pour tous les pétroles.
Dans ce contexte là, voir les grandes puissances se ruer vers des stocks de métaux militaires stratégiques au mépris de l’état de la planète et des possibilités de transition, ce n’est que très logique.
Un penseur du XXème siècle a dit :
Une situation prérévolutionnaire éclate lorsque ceux d’en haut ne peuvent plus, ceux d’en bas ne veulent plus, et ceux du milieu basculent avec ceux d’en bas.
Si vous trouvez que cela ressemble à notre époque, dites vous que vous êtes en phase avec Lénine ! Ça vous permettra au moins de briller en société !
Comment mener sa barque dans une telle tempête ?
Si vous êtes lectrice ou lecteur régulier de ce blog, vous savez que je mets un point d’honneur à ne jamais vous prendre pour des lapins de trois semaines ou des consommateurs d’ultra fast fashion (ce qui revient au même).
Ce qui est devant nous est une tempête d’amplitude centennale au mieux, civilisationnelle au pire.
La bonne nouvelle ? On connaît tous les paramètres du problème et on peut choisir de se prémunir contre le pire de ce que 2026 et les années suivantes vont nous faire subir.
En intégrant la robustesse à sa stratégie d’entreprise. Par exemple en incluant des outils comme Archimède à ses prises de décision.
En faisant la chasse aux points de défaillance unique dans votre organisation. En mitigeant le risque autant que possible.
En multipliant les sources de revenus, quitte à rogner un peu sur sa marge. Mieux vaut une source de revenus qui rapporte quelques % de moins que la principale si les deux peuvent coexister et se solidifier mutuellement.
En considérant sa durabilité comme seule assurance réelle de prospérité : dans un monde où les fondamentaux économiques vacillent, revenir au réel ne peut que sécuriser votre projet… si ce retour est pensé et contrôlé.
En arrêtant de prêter l’oreille aux fantasmes d’hyper croissance et autres ruées vers l’or. Dans l’histoire, toutes les ruées vers l’or n’ont enrichi durablement que la même catégorie d’entrepreneurs : les vendeurs de pelles.
Il ne tient qu’à nous de changer de trajectoire et de construire quelque chose de plus solide pour que l’avenir cesse d’être notre première source d’anxiété !
Bonne semaine à toutes et tous !




