Cachez cette écologie que je ne saurais voir !
Les entreprises doivent-elles être écolo ? Et si oui, doivent-elles le montrer ?
Alors que les contextes politiques et économiques se tendent en cette rentrée, la question revient de plus en plus parmi les porteurs de projet de savoir s’il faut persister dans les indicateurs de performance extra financière et si oui, faut-il le montrer ?
Backlash ou cirque médiatique ?
Après des années fastes post COVID sur les sujets environnementaux, le retour de bâton de l’opinion et de certaines branches de l’économie nous rappellent que l’opinion publique d’un pays est un métronome qui engendrera toujours une réaction opposée à tout mouvement.
Dans ce contexte, et face à un durcissement des conditions du commerce international et des inquiétudes légitimes sur les mois prochains, l’écologie a été la cible favorite de tout un pan de l’opinion.
Que ce soient opérations d’agit-prop (au-dessus) ou tout simplement propositions démagogues, pas grand chose aura été épargné aux avancées durables de ces dernières années.
Et les observateurs de l’opinion et du débat public ont collectivement choisi d’appeler ce phénomène le “backlash” écologique.
Seulement voilà, cette situation pose deux problèmes.
I- Le supposé “backlash” est une explication simpliste à une situation complexe
Aucun changement d’ampleur ne s’est jamais produit sans résistances et sans contrecoups dans les groupes sociaux concernés.
Présupposer que parce qu’un changement est “évident” ou “pour le bien de tous” il se passera bien est au mieux naïf. Au pire mensonger avec l’objectif de faire masse dans l’opinion et de pratiquer une stratégie du fait accompli que n’auraient pas renié les patrons de l’IA.
Parlons Climat, l’association qui est décidément plus encline à la diplomatie que votre serviteur a produit une note sur le pivot majoritaire qui appuie la plupart des conclusions portées ici sur l’état de l’opinion.
Il n’y a pas tant de résistance aux idées écologiques qui sont assez sourcées scientifiquement pour être difficilement contestables en restant sérieux qu’à certains porte voix de l’écologie qui versent parfois dans l’excès quand ils et elles (surtout elles, de façon hélas peu étonnante) ne sont pas victimes des tentatives d’agit-prop mentionnées plus haut.
Toujours est-il qu’entre les intérêts économiques freinant des quatre fers, les difficultés réelles d’un monde qui se contracte et les aspirations politiques des uns et des autres, cela crée une ambiance qui vient freiner les aspirations de transition des uns et d’écologie des autres.
Et ça, c’est un problème plus grave que des gesticulations politico-médiatiques parce que…
II- Le monde se moque de nos atermoiements et de nos doutes.
Que l’on soit pro véhicule thermique ou pro véhicule électrique, le monde n’a pour le moment pas réussi à produire plus de pétrole qu’en 2018 et si on pouvait accuser le COVID pour le début de la période, ce n’est pas faute d’essayer depuis !
Que l’on soit pro ou anti agriculture conventionnelle, le phosphate n’est principalement produit que par deux pays, le Maroc et le Chili qui ne publient pas leurs réserves.
Que l’on soit pro ou anti nourriture bio, l’agriculture Européenne fait face à des milliards de perte depuis une décennie, couplée à des importations de pays tiers à bas coût et sans les mêmes normes environnementales.
On peut tout miser sur l’électrification qui va nous sauver, mais si l’on met bout à bout les projets des seuls pays du G7, la production mondiale de lithium devrait être multipliée par 35 dans les 20 prochaines années alors même que les producteurs ne suivent déjà pas la cadence.
Bref, quoique l’on pense des alertes de la science climatique et des messages parfois un peu illuminés des uns et des autres, les faits sont têtus : nous approchons des limites de nos capacités de production et allons nous retrouver bloqués tôt ou tard.
Si vous vous demandez pourquoi tous les aficionados de gros canons du monde s’excitent depuis quelques mois, c’est en partie pour ça.
Que faire, dans ce contexte de brouillard politique, de tempête économique et de prévisions angoissantes lorsque l’on est à la barre d’un navire économique qui doit affronter tout ça ?
En entreprise, la meilleure écologie est celle que l’on ne voit pas.
En période de pivot majoritaire, se positionner à l'avant-garde d’un mouvement culturel peut être risqué pour des acteurs économiques. Et les mettre en porta faux de leurs parties prenantes, internes ou externes.
Pour autant, le pivot étant une réalité physique plus qu’une évolution culturelle ou de mœurs, tout retard pris se paiera car rien ne permet d’affirmer qu’il y aura autant de places dans la compétition économique à l’avenir qu’il y en a aujourd’hui.
Est-ce que vous décarbonez votre bilan pour satisfaire à la dernière norme issue de la directive Omnibus ? Pour cocher les cases de la réglementation Industrie Verte ? Pour vous assurer contre des ruptures de fourniture de ressources à l’avenir ?
Quelle importance, finalement, tant que le chemin est fait.
Parce que s’il est vrai qu’aller s’engager dans des polémiques médiatiques pour savoir si l’on est écolo ou pas peut décourager plus d’un porteur de projet, à raison qui plus est. Cela n’empêche pas les ruptures d’approvisionnement de se produire, le climat de perturber la bonne marche des affaires et la pérennité de votre modèle actuel d’être remis en question.
Et quoiqu’il arrive…
Bonne semaine à toutes et tous !





