Cette année, pour les fêtes, offrez le nouveau monde
Période oblige et parce que nous entrons dans la pire période de matraquage publicitaire de l’année, voici quelques idées de lecture pour envisager le monde de demain !
Période oblige et parce que nous entrons dans la pire période de matraquage publicitaire de l’année, je me devais de vous proposer des alternatives, en plongeant dans quelques idées de lecture de celles et ceux qui inventent déjà le monde post transition.
Usez, abusez, partagez et offrez cette liste. Ce n’est pas parce que nous avons quelques vendredi noirs en vue qu’on va s’empêcher de penser la suite !
Cette liste est évidemment subjective, non exhaustive et rangée en thématiques. Tellement la production sur l’état de notre monde et nos perspectives est abondante. J’ai essayé, pas toujours avec succès, de ne pas reparler des même succès qui n’ont besoin d’aucune publicité.
Dans le doute, offrez Le monde sans fin, ça marche toujours !
Regardons nous (un peu) le nombril
Sapiens, Yuval Noah Harari
On pourrait trouver étrange de commencer une liste de lecture sur la transition par un ouvrage qui n’en parle pas du tout et pourtant c’est une introduction à un concept qui va irriguer toute la réflexion sur la transition : les réalités interpersonnelles. Ces concepts sans aucune base concrète et qui pourtant irriguent et régissent d’importantes parts de nos vies. Des concepts comme l’argent, le pouvoir, la nation, le peuple… Tous issus de notre imagination et par conséquent tous parfaitement discutables et dépassables.
Insoutenable Paradis, Gregory Pouy
Si Sapiens pose le décor de nos constructions mentales, Gregory Pouy poursuit le chemin en nommant les limites de celles-ci. Un monde en croissance perpétuelle sur une planète aux ressources qui ne le sont pas, c’est une illusion. Et de plus en plus de personnes se rendent compte de l’impasse sans pour autant savoir par quel bout prendre le problème, tant les sujets sont entremêlés et tant les marges de manœuvre apparaissent maigres. Pourtant il existe des moyens de revenir à une forme de stabilité personnelle permettant d’avancer. La plupart sont dans cet ouvrage, et pour les autres…
Power, Richard Heinberg (non traduit)
Harari nommait les schémas mentaux, Pouy comment commencer à les transformer et Heinberg nomme les limites. Le titre complet de l’ouvrage est “Power, limits and prospects for human survival” et s’il peut paraître angoissant au premier abord, il donne une clef de lecture fondamentale pour la suite : nous avons accumulé un pouvoir tel sur notre monde qu’il nous faut désormais nous comporter en gardiens plutôt qu’en prédateurs sous peine de nous retrouver en bout de course avec un monde inhabitable et un niveau de violence que personne ne souhaite.
Produire dans un monde post transition
La théorie du donut, Kate Rayworth
Produire est un des fondamentaux de notre espèce depuis que l’on s’est mis à cogner des silex entre eux. Et ce n’est pas parce que l’on a décidé il y a deux siècles d’organiser tout ça dans un système dépendant d’une ressource polluante non renouvelable que c’est la fin de l’histoire, n’en déplaise à Fukuyama. Kate Rayworth reprend le problème à la racine et propose un modèle de pensée économique qui permet de remettre la production à la place qu’elle a un peu délaissé ces dernières décennies : favoriser la place sociale de chacun dans un environnement stabilisé. Pour toutes celles et ceux qui se demandent comment penser l’entreprise dans un monde de transition ou post transition, c’est un point de départ indispensable.
Prospérité sans croissance, Tim Jackson
Difficile de parler de production et d’économie sans parler de chiffres et d’indicateurs ! Là où Rayworth expose un modèle théorique et conceptuel, Jackson l’applique en indicateurs et en indices de mesure pour remettre au centre de nos préoccupations économique cette notion que l’on a un peu oubliée : la prospérité. Cette confiance en un avenir économique qui permet de se mettre en mouvement, de lancer des projets et d’avancer, tant au niveau personnel que collectif.
Ralentir ou périr, Timothée Parrique / Or noir, Mathieu Auzanneau
Après la carotte des deux premiers ouvrages, je n’ai pas pu choisir entre les deux bâtons que sont “Ralentir ou périr” et “Or noir”. L’un expose les impasses socio-économiques de nos modèles actuels et les risques croissants que leur perpétuation nous fait courir. Tandis que l’autre démontre de façon limpide pourquoi même si nous le voulions et même en se moquant des conséquences sociales, environnementales, économiques, sanitaires… Nous ne pourrons pas continuer comme ça bien longtemps.
Habiter le monde post transition
Et si… on libérait notre imagination ? Rob Hopkins
Rob Hopkins refuse depuis bientôt 30 ans de se plier aux attentes de notre époque. Là où l’on valorise la réussite individuelle, il crée des groupes locaux. Là où on parle de rentabilité, il parle d’inclusion. Là où l’on parle de croissance, il parle de prospérité. Ses idées ont probablement nourri la majorité des auteurs cités jusqu’ici puisqu’il a mené des projets dans les monnaies alternatives, les jardins partagés, la résilience locale et les entreprises régénératrices. Cet ouvrage, son dernier en date, explore le premier frein sur la route de la transition : celui de l’imagination et de l’alternative. Que l’on a tant de mal à voir dans nos environnements médiatiques saturés.
Au-delà de la propriété, pour une économie des communs, Benoit Borrits
Penser un monde post transition c’est penser les limites à notre pouvoir individuel et collectif si l’on en croit Heinberg. Penser sous forme de communs permet de commencer à construire un monde où tout n’est pas que compétition. Et l’idée n’a rien de nouvelle, la quasi-totalité des grandes infrastructures d’internet tournent sur le plus grand commun réalisé jusqu’à présent : linux. La totalité des conducteurs de véhicules individuels bénéficient d’une sécurité décuplée grâce à un commun établi au milieu du siècle dernier : la ceinture de sécurité. Les groupes humains peuvent envisager l’avenir de façon plus sereine grâce à une mise en commun (hé oui) de leur épargne pour pallier aux accidents : c’est l’assurance / la mutuelle.
Le réseau des tempêtes, Pablo Servigne
Dix ans après “Comment tout peut s’effondrer” qui a popularisé la notion de collapsologie et un maximum de dérives qui en ont malheureusement jailli, Servigne revient avec une méthode pour refaire société en créant des liens d’interdépendance locaux, en se serrant les coudes avec celles et ceux qui nous sont proches pour mieux résister aux cahots du monde et aux difficultés croissantes auxquelles nos systèmes politiques et économiques sont confrontés. Dans un monde où pas une journée ne passe sans entendre que “la perte de sens” est un fléau, cet ouvrage est un indispensable !
Bonus : s’évader quelques heures !
La parabole du semeur, Octavia Butler
Œuvre majeure de la littérature d’anticipation afro-américaine, la parabole du semeur suit une jeune femme dans une société américaine à la dérive, suite à une crise sans précédent déclenchée par un nouveau président. Cette histoire écrite il y a plus de 30 ans offre un parallèle aussi glaçant qu’inspirant sur les périodes de grands troubles que sont les transitions et sur les façons de traverser l’épreuve et de la sublimer pour aller de l’avant.
La zone du dehors, Alain Damasio
Ce premier roman d’Alain Damasio raconte les difficultés et les pièges qu’il peut y avoir à aller contre le conformisme et le “toujours pareil” dans une société humaine. Alliant une plume et un regard acéré, Damasio apporte en creux une voie de transformation des individus et des collectivités. Et nous force, parfois malgré nous, à nous regarder en face.
L’arbre monde, Richard Powers
Quand les humains oublient qu’ils ne sont pas les seules créatures vivantes sur la planète et pensent avoir l’exclusivité de la communication et des relations sociales, Richard Powers nous rappelle que parfois un simple grain de sable dans la machine bien rodée de la modernité peut nous faire redécouvrir le monde qui nous entoure et son importance dans nos vies débridées.
Si vous cherchiez des anti-sèches pour parfaire votre culture de transition ou amener vos proches à sortir le nez du guidon le temps de quelques pages et peut-être envisager leur futur autrement, vous avez maintenant l’embarras du choix !
Bonne semaine à toutes et tous !


