Climat : faites la gueule, pas la guerre !
“Quand même, ça ne fait pas vraiment rêver ton truc…” ...est une des phrases qu’on entend le plus dès qu’on prend le risque de parler de climat, d’environnement, de soutenabilité…
“Quand même, ça ne fait pas vraiment rêver ton truc…”
...est une des phrases qu’on entend le plus dès qu’on prend le risque de parler de climat, d’environnement, de soutenabilité…
Cette injonction à la désirabilité, cette obligation à être sexy est omniprésente autour de nous. Tellement omniprésente qu’elle amène à se poser la question d’où elle provient. Serions-nous si heureux et épanouis, si merveilleusement équilibrés qu’il faudrait que toute nouvelle idée se mesure à l’aune de cet idéal pour être seulement considérée ? Les chiffres de la santé mentale et les bénéfices des vendeurs d'anxiolytiques ont l’air de raconter une autre histoire.
Ou alors peut-être que cette injonction à la positivité est une nouvelle forme de pression sociale, celle-là même qu’Eva Illouz dénonçait dans son ouvrage Happycratie comme une nouvelle forme de tyrannie auto imposée pour ne pas avoir l’air “out” dans un monde qui semble tourner de plus en plus vite.
Et alors ? Quel est le problème ? Le problème, c’est que l’injonction au bonheur est une paire d'œillères particulièrement insidieuse dans un moment de tension comme le monde en vit en ce moment.
D’une part, cette injonction nous pousse à rejeter tout ce qui passe pour un contenu, une pensée, une remarque que l’on juge négative. Allant jusqu’à disqualifier les personnes qui les émettent quelque soit la valeur intrinsèque des propos
D’autre part, l’omniprésence des algorithmes dans les relations sociales nous pousse chacun dans des petites bulles de réalité où l’on est maintenu dans un jus tiède et agréable, nettoyé de toute information dissonante. Au point que le désaccord ne donne plus lieu à des discussions et des arguments, mais à des invectives. Au point où nous avons cessé de respecter un adversaire avec qui l’on est pas d’accord mais qui propose un raisonnement qui se tient pour haïr et dénoncer un ennemi toxique.
Seulement voilà, le tissu social n’est pas une étoffe magique auto réparatrice. Et tous les accrocs que nous y mettons s’additionnent jusqu’à ce que l’expression “faire société” commence à faire soupirer une partie de nos contemporains.
Oui mais le climat, dans tout ça ?
D’un côté les uns nous disent qu’à grand coup d’ateliers d’intelligence collective on va s’en sortir. De l’autre les autres nous disent que nous allons au devant de bouleversements tellement majeurs que parler d’autre chose que d’effondrement est un non sens… L’ennui, c’est que les deux sont justes.
S’en sortir commence par des ateliers d’intelligence collective pour se mettre au niveau des ennuis qui sont devant nous mais que malgré tout nous allons passer par une phase de renoncement pour sortir de l’obésité énergétique et matérielle. Simplement parce que nous arrivons au bout des ressources facilement extractibles et transformables au moment même où nous devons commencer à sérieusement nettoyer les conséquences de deux siècles d’extraction et de consommation aveugles. Et ça, ce n’est pas exactement un message “qui fait rêver”, ni même un message sexy. Pourtant c’est la réalité.
Alors quoi, nous sommes devenus une civilisation à ce point dorlotée que nous préférons un aveuglement envers une situation tout aussi grave que certaine plutôt que d’encaisser la mauvaise nouvelle tant qu’il est encore temps de s’y préparer ?
Je ne sais pas vous, mais j'ai une meilleure opinion que nous que ça...
La peur paralyserait, il paraît. Sauf que l’angoisse vécue dans son coin dans un contexte d’injonction au bonheur paralyse tout autant. Et du reste, les études qui commencent à sortir sur le sujet ont l’air de dire que les émotions qui motivent le plus à se mettre en mouvement sont dans l’ordre la colère, la peur et la tristesse. Autant pour les messages qui font rêver !
Nous avons donc le choix.
Rester dans un cocon artificiel de bonnes intentions et de good vibes au risque de ruiner tout ce qui nous déplait et arriver à des sociétés humaines tellement fragmentées qu’elles ne se parlent plus et commencent à se détester…
Ou accepter que le monde n’est pas un spot publicitaire et prendre le risque, de temps en temps, de faire un peu la gueule. En somme : faire la gueule, pas la guerre !


