Décroitra ? Décroitra pas ?
Parler de transition des entreprises et de monde contraint par ses ressources fait très souvent et très vite surgir l’épouvantail de la décroissance, horizon pour les uns et repoussoir pour les autres
Parler de transition des entreprises et de monde contraint par ses ressources fait très souvent et très vite surgir l’épouvantail de la décroissance, horizon pour les uns et repoussoir pour les autres.
Mais comme nous sommes entre gens intelligents, allons un peu plus loin que les slogans et les noms d’oiseaux. La croissance et la décroissance au fond, qu’est-ce que c’est ?
La croissance c’est l’augmentation du PIB exprimé sur une année. Le PIB lui est la somme de toutes les activités productives marchandes d’une zone géographique donnée sur une période donnée.
Corollaire : l’inverse de la croissance ce n’est donc pas la décroissance.
C’est la récession.
La croissance, pour exister, a besoin de trois choses :
du capital pour mettre en place les outils et moyens visant à créer de la richesse
du travail qui transforme des ressources naturelles en richesse
des ressources à transformer
Et oui, même dans nos économies tertiarisées peuplées de consultants, de coachs, de développeurs et autres financiers, nous sommes tributaires des ressources nécessaires à la fabrication de nos ordinateurs, voitures, téléphones portables, serveurs, fibres optiques et autres webcams.
La croissance n’est pas un fait observable. La croissance est une convention. Nous avons collectivement décidé que le capital et le travail étaient les seuls moteurs de la croissance et nous avançons avec cette boussole depuis un peu plus d’un siècle.
D’ailleurs, comme le dit très bien Jean-Baptiste SAY qui est encore aujourd’hui enseigné dans les cursus académiques en économie :
« Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant ni être multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l'objet des sciences économiques. »
Autrement dit : un des fondateurs de la pensée économique classique dont nous avons hérité le PIB et la croissance considère que pour que son système fonctionne, les ressources naturelles doivent être gratuites et inépuisables.
Heureusement, un siècle plus tard nous nous sommes rendu compte des limites du raisonnement (sans le remettre en cause toutefois) et avons trouvé trois façons d’y répondre.
ALLER CHERCHER PLUS LOIN
Grande nouvelle, les ressources naturelles sont inépuisables !
A l’échelle de l’univers.
Il nous suffit simplement d’aller chercher ces ressources sur ces satanés astéroïdes qui en regorgent mais sans avoir le bon goût d’être à notre portée. Ni d’ailleurs le bon goût d’être facilement transportables sur le plancher des vaches. A l’heure actuelle, le kilo livré dans l’espace coûte environ 1 million de dollars. Si on le compare avec le coût actuel du cuivre aux alentours de 7€… aller chercher des minerais au-delà de notre atmosphère signifierait à l’heure actuelle une multiplication par 142857 du prix du cuivre. Autant pour les plans d’électrification et de transition énergétique !
Alors oui, il est possible que ce ratio baisse. Même s'il baisse de façon aussi spectaculaire que la puissance des ordinateurs a augmenté ces 40 dernières années, il faudra des décennies avant que les approvisionnements approchent du niveau de prix que l’on connaît à l’heure actuelle avec le cuivre gentiment sorti de notre propre plancher des vaches.
Ce raisonnement peut s’appliquer à tous les éléments chimiques présents sur Terre, dont nous utilisons la totalité pour créer de la richesse tout en continuant de considérer qu’ils sont gratuits et inépuisables.
SE CREUSER LA CERVELLE
Les personnes n’ayant pas envie de mettre tous leurs œufs dans le panier des aventures spatiales mettent en avant un autre argument en faveur d’une poursuite du business as usual : l’économie de la connaissance. Cet argument postule qu’une part de plus en plus grande des richesses que nous créons vient d’activités dites immatérielles. Réorienter nos stratégies vers ce type d’activités permettrait de continuer à créer de la richesse sans se soucier de pénuries de ressources.
Ce n’est pas une personne écrivant du contenu gratuit sur un réseau social professionnel qui vous dira que l’idée n’a aucun mérite !
Mais, car il y a un mais. Le postulat d’immatérialité est faux. Je vous écris cet article depuis un ordinateur utilisant plusieurs dizaines de métaux différents. Article qui sera stocké sur des serveurs consommant les mêmes métaux, transporté par des réseaux en cuivre ou en fibre, alimentés par une électricité qui elle-même consomme des ressources pour être rendue disponible. L’innovation peut ralentir notre consommation de matériaux, d’énergie et réduire nos impacts. Mais en aucun cas elle ne peut la stopper. Le prétendre est tout simplement faux, quel que soit le nombre de doctorats que l’on dit posséder !
Il y a un second “mais” qui consiste à considérer que toute création de richesse en vaut une autre comme si les besoins servis par ces créations de richesse étaient tous égaux. Nous n’avons qu’à tous devenir consultants en coaching exécutif de conseil stratégique, nous serons tous riches et tout ira bien… Jusqu’au repas suivant où nous nous demanderons quel consultant était chargé de faire pousser de la nourriture.
N’en déplaise aux partisans de l’Université de la Singularité, nous sommes toujours des êtres de chair, avec des besoins physiologiques non négociables. Donc postuler une poursuite de la croissance qui se basant uniquement sur les besoins et envies de nos cerveaux laisse une grande part des activités économiques sur le carreau. Et si on ne propose aucune perspective à ceux qui ont dédié leur vie à servir ce type de besoin, ils finissent par mettre un gilet jaune pour rappeler qu’ils existent.
LA SUBSTITUABILITÉ DES CAPITAUX
Allez prendre une aspirine, je vous attends là.
Est qualifiée de durabilité faible celle qui considère qu’un type de capital peut se substituer à un autre en cas de pénurie, notamment un capital naturel pouvant se substituer à un capital artificiel.
Est qualifiée de durabilité forte celle qui considère que les capitaux naturels et artificiels doivent être strictement séparés et ne peuvent pas se substituer les uns aux autres.
Dit autrement, on peut considérer “durable” en économie un processus qui substituerait par de la monnaie l’eau ou l’oxygène que l’on aurait épuisé par ailleurs. Cela vous semble absurde ?
L'ALTERNATIVE : CHANGER DE PÉRIMÈTRE DE PENSÉE
Si les précédentes solutions ne vous plaisent pas, il est également possible de revenir au fait que la croissance est une convention, et que comme toutes les conventions elle peut évoluer au gré de nos envies. C’est ici qu’intervient la décroissance.
RESUMONS
Pour répondre à la question du titre donc, décroîtra ou décroîtra pas ? Selon le périmètre actuel, décroîtra. Très clairement. Les activités économiques consommant des ressources non renouvelables dans un système fermé comme la Terre,


