Entre désensibilisation et mitigation, 2026 sera défensive ou ne sera pas.
A la 5ème semaine de conflit entre les Etats Unis et l’Iran, nous commençons à entrer dans le dur pour l’économie mondiale et les premières alertes tombent sur les approvisionnements.
A la 5ème semaine de conflit entre les Etats Unis et l’Iran, nous commençons à entrer dans le dur pour l’économie mondiale et les premières alertes de court terme tombent sur des chaînes d’approvisionnement déjà tendues en temps normal.
Où en est-on, que peut-on faire pour passer la vague et comment éviter qu’elle ne se reproduise ?
Où et est-on ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’heure n’est pas à l’apaisement. A l’heure où sort ce billet, on ne sait pas à quel degré d’escalade nous emmènent les Etats Unis, mais une chose est sûre, escalade il y aura :
Résumons, en un mois de guerre :
Le monde a perdu plus du double de pétrole disponible que pendant les chocs pétroliers alors même que…
La fourniture va très vraisemblablement empirer en Avril du fait de l’épuisement des flux de transit et de la disponibilité limitée des réserves stratégiques, d’autant que…
Les dégâts aux infrastructures de raffinage et d’exportation de pétrole pourraient nécessiter jusqu’à 5 ans pour être remises en état
Et le pétrole n’est pas le seul sujet de préoccupation. Toutes les industries nécessitant du plastique, du silicone, de l’helium, du gaz naturel… commencent à ressentir les effets des pénuries.
Et si l’on pourrait sourire de la pénurie de préservatifs en Inde… En revanche, la future production d’engrais, elle, ne fait pas rire grand monde.
Bref, nous sommes entrés dans un moment de vérité où les limites des visions monétaristes de l’économie s’affichent à chaque nouvelle dépêche AFP.
Que peut-on faire pour passer la vague ?
Avant toutes choses, soyons brutalement direct : nous sommes tous concernés. Votre entreprise ne dépend pas du pétrole ni d’aucune des ressources citées plus haut ? C’est faux.
100% de la nourriture que vous et vos équipes consomment est passée par un camion.
100% des biens que vous achetez, vendez, ou utilisez sont acheminés grâce au pétrole.
Se dire que l’on n’est pas concerné.e par ce nouveau choc pétrolier parce que son entreprise n’achète ni ne vend pas de pétrole, c’est comme considérer que sans électricité la SNCF pourrait continuer de fonctionner.
Actionnable immédiatement : la mitigation
Lorsqu’une entité économique ou sociale ne peut pas esquiver totalement un risque dans un temps court, la stratégie la plus courante reste de mitiger celui-ci. Vous n’allez pas vous passer de tous vos usages de pétrole demain matin, mais certains peuvent être retardés, ou vous pouvez utiliser des alternatives.
Parmi les alternatives les plus simples :
Le télétravail : 75% des Français vont au travail en voiture. Dans une économie lourdement tertiarisée comme la nôtre, il y a probablement des millions de trajets à économiser. On l’a vu au moment du covid.
Les solutions d’auto-partage : des services et des applications existent pour mutualiser les trajets et le proposer proactivement à vos équipes est une solution qui peut être mise en œuvre très simplement.
L’électrification de la mobilité : plus coûteux mais face à une crise qui va durer des années, l’investissement devient d’un coup beaucoup plus rentable.
Le fret ferré et fluvial : à moins que vous ne vous fournissiez en produits très frais, les délais de livraison ne justifient pas de passer systématiquement par la route. En cas de grands trajets et de grands volumes, le train et les voies fluviales sont des alternatives moins rapides mais plus sûres dans une période où le prix de l’énergie va continuer de s’envoler.
Une note en passant à ce stade : le premier réflexe tout à fait légitime de beaucoup d’acteurs économiques est de s’adresser au gouvernement qui taxe le carburant pour accompagner le mur de la hausse des prix. C’est aussi légitime et compréhensible qu’inefficient. Certes à très court terme un allègement des taxes voire une participation des énergéticiens qui ont engrangé des profits de crise s’entend.
Mais sur une crise de la disponibilité, le prix n’a pas de valeur prescriptive.
Dit autrement, couper les taxes sur les carburants ne va pas conduire à plus de pétrole sur le sol Français. Alors faisons le pour éviter que des acteurs économiques ne soient étouffés à court terme. Mais n’allons surtout pas croire que cela sera suffisant.
A mettre en chantier tout de suite : la désensibilisation.
Au risque de répéter une des infos envoyées plus haut : Rystad Energy qui est LE fournisseur de business intelligence du secteur énergétique mondial prévoit des réparations des infrastructures détruites pouvant durer jusqu’à 5 ans.
Cinq ans de perturbations de la fourniture de carburant, dans un contexte économique au mieux morose et avec un dérèglement climatique qui n’a pas eu le mémo qu’on avait pas le temps de s’occuper de lui.
Si vous pensez pouvoir serrer les dents pendant cinq ans, félicitations vous êtes assis.e sur un trésor de guerre que la quasi totalité de l’économie vous envie.
Pour le reste d’entre nous, il faut penser des alternatives et se désensibiliser au pétrole (et plus largement aux chaînes d’approvisionnement mondialisées) au plus vite.
Concrètement, les stratégies de désensibilisation sont des mouvements de fond où des acteurs économiques s’autonomisent d’un risque qui devient systémique et insoutenable. De l’électrification pour les uns, des circuits courts pour les autres, de la réparabilité pour les suivants… Les solutions sont nombreuses et dépendent de chaque entité économique.
Si vous suivez ce blog depuis ses débuts, vous savez que je prends un soin particulier à ne pas assombrir le tableau et à ne diffuser que des informations venant de sources fiables et souvent volontairement conservatrices (sur les conséquences). Ayant ceci en tête, le moment de la transition incontrôlée et de la gestion des pénuries qui est sur notre radar collectif depuis bientôt deux ans et dont je vous parle à longueur de billets…
Ce moment où il va falloir repenser nos modèles parce que l’obsolescence du monde d’avant nous aura rattrapé : c’est maintenant.
Comment ne pas passer de la crise actuelle à la crise d’après ?
Très simple : accepter que nous ne sommes pas en crise.
Que le changement est systémique.
Que les règles du jeu ont changé.
Et si vous vous sentez perdu.e dans ce nouveau monde, c’est parce que vous n’utilisez pas encore notre boussole de durabilité.
Bon début de printemps à toutes et tous malgré tout !







