Fin juin 2026 - Point de situation sur la décarbonation forcée de l'économie française
Le répit n'aura duré qu'une semaine.
Le 28 juin 2026, alors que les marchés commençaient à peine à digérer l’accord de cessez-le-feu signé le 17 juin entre les États-Unis et l’Iran, les bombes sont retombées.
Pour le deuxième jour consécutif, l’aviation américaine a frappé les régions de Sirik, Bandar-e Lengeh et l’île de Qeshm, dans le sud de l’Iran. En représailles, les Gardiens de la Révolution iranienne ont lancé des missiles et des drones contre la base américaine Ali Al Salem au Koweït et le quartier général de la Cinquième Flotte à Bahreïn. Les sirènes d’alerte ont retenti dans les deux pays. Donald Trump a menacé d’« anéantir » la République islamique.
Le scénario de notre analyse du 14 juin est de retour.
“With a vengeance” diraient les anglo saxons.
Un conflit qui n’en finit pas
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est à nouveau un champ de bataille. L’accord du 17 juin n’a pas survécu à une attaque de drone contre un pétrolier battant pavillon panaméen, le M/T Kiku, qui transportait plus de deux millions de barils de brut.
L’Iran n’autorise désormais qu’un seul couloir de passage le long de ses côtes et menace de s’en prendre à tout navire ne s’y conformant pas. Le trafic maritime reste paralysé, les primes d’assurance s’envolent et les compagnies maritimes suspendent leurs réservations vers le Golfe.
Conséquence : la flambée des prix du pétrole, qui s’était provisoirement calmée avec l’annonce de l’accord, va repartir de plus belle. Le baril de Brent, redescendu sous les 80 dollars mi-juin, devrait rapidement remonter vers des niveaux proches des 100 dollars, voire au-delà.
Les secteurs les plus exposés : une liste (hélas) toujours d’actualité
🔴 Risque critique : perturbations majeures à court terme
1. Transport et logistique
Le secteur du transport routier de marchandises, qui consomme à lui seul 1 milliard de litres de gazole non routier (GNR) par an, est en première ligne. Les stocks stratégiques français sont estimés à environ trois mois pour le diesel, mais les dépôts sont au plus bas. Le risque de pénuries localisées dès la mi-juillet, au moment des départs en vacances, est très élevé.
Le transport aérien n’est pas épargné. Le kérosène, dont le prix a déjà atteint des records en Europe, pourrait manquer dans les aéroports de province, entraînant des annulations de vols. Les grandes plateformes (Paris, Lyon, Nice) seront priorisées.
2. Agriculture et industrie agroalimentaire
C’est sans doute le secteur le plus sous-estimé, et pourtant le plus stratégique. Environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Cela inclut 67 % de l’urée mondiale et des volumes considérables de phosphate diammonique (DAP).
Les prix de l’urée ont déjà bondi de plus de 80 % depuis février, dépassant les 850 dollars la tonne en avril. Le soufre, indispensable à la fabrication des engrais phosphatés, est également bloqué : près de 50 % du soufre commercialisé mondialement transite par Ormuz.
« On peut sauter une saison de potasse, on peut sauter une saison de phosphates, mais on ne peut pas sauter une saison d’azote. » — Dawid Heyl, Ninety One
La conséquence est directe : une réduction de l’utilisation d’engrais entraînera une baisse des rendements agricoles, donc une hausse des prix alimentaires et des tensions sur la sécurité alimentaire mondiale.
3. Industrie chimique et pétrochimique
Le soufre et le naphta sont des matières premières essentielles pour de nombreuses filières industrielles. Or, environ 35 % des exportations mondiales d’urée et 45 % des exportations mondiales de soufre proviennent du Moyen-Orient. Toute perturbation du raffinage et du traitement du gaz a un effet domino sur toute la chimie.
🟠 Risque élevé : perturbations significatives probables
4. Industrie lourde (métallurgie, aluminium, cimenterie)
La production d’aluminium est particulièrement vulnérable. Environ 8 à 10 % des capacités mondiales se situent dans le Golfe persique. La production d’aluminium est très énergivore : elle repose sur le gaz naturel, dont les prix s’envolent, et sur l’importation d’alumine, qui transite par Ormuz.
Le soufre est également un intrant clé pour l’acide sulfurique, indispensable à l’extraction de métaux comme le nickel, le cuivre ou le zinc. Une pénurie de soufre pourrait paralyser une partie de la métallurgie.
5. Technologies et électronique
Le Qatar, pays du Golfe, concentre près de un tiers de la production mondiale d’hélium. Ce gaz rare est indispensable à la fabrication des semi-conducteurs et à certains équipements médicaux. Des frappes sur les infrastructures qataries ou simplement des perturbations logistiques pourraient provoquer une pénurie mondiale d’hélium sans précédent.
🟡 Risque modéré à élevé : impact différé
6. Grande distribution et commerce
La hausse des coûts de transport, de l’énergie et des matières premières (emballages plastiques issus de la pétrochimie) se répercutera sur les prix des biens de consommation, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et ralentissant la croissance.
Ce qu’il faut retenir pour vos décisions
Pour les professionnels du transport : constituez une réserve de carburant dès maintenant (dans la limite légale). Les ruptures localisées sont probables dès la mi-juillet.
Pour les voyageurs aériens : privilégiez les grandes plateformes (Paris, Lyon, Nice). Les petits aéroports risquent des annulations de vols.
Pour les automobilistes : évitez les « pleins de panique », mais ne descendez pas sous le demi-réservoir entre mi-juin et fin septembre.
Pour les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire : anticipez vos besoins en engrais. Les prix vont continuer à monter et les disponibilités pourraient se réduire drastiquement.
Scénario de sortie de crise : tout dépend du conflit au Moyen-Orient. Si une trêve durable intervenait rapidement (hypothèse peu probable au vu des derniers événements), la pression baisserait en novembre-décembre, mais sans retour à la normale avant mi-2027 au mieux, du fait des infrastructures détruites et des stocks à reconstituer.
Sources
Agence internationale de l’énergie (AIE) — Oil Market Report, mars 2026
Al Jazeera — Iran war day 121: IRGC hits Kuwait, Bahrain after US attacks near Hormuz, 28 juin 2026
Al Jazeera — Iran attacks Kuwait and Bahrain in response to US strikes, 28 juin 2026
Le Soir — Nouvel échange de frappes entre les Etats-Unis et l’Iran, que Trump menace à nouveau d’anéantir, 28 juin 2026
Les Échos — DIRECT - Moyen-Orient : les Etats-Unis bombardent à nouveau l’Iran, qui réplique en visant Bahreïn et le Koweït, 28 juin 2026
BRGM / Ofremi — Détroit d’Ormuz : un choc non seulement énergétique, mais aussi minéral, 20 avril 2026
Techniques de l’Ingénieur — Aluminium, engrais, chimie, des chaînes d’approvisionnement fragilisées au-delà des hydrocarbures, 6 mars 2026
ISS Africa — Le détroit d’Ormuz menace l’approvisionnement alimentaire en Afrique, 28 avril 2026
France Épargne — Engrais : la flambée des prix liée au détroit d’Ormuz menace les récoltes 2026, 9 juin 2026
Courrier International — Des millions de barils passent le détroit d’Ormuz, le prix du pétrole chute, 25 juin 2026
Wikipédia — Crise du détroit d’Ormuz (2026)


