Il est 23h58 : regardons l’avenir en face
Avant une pause estivale bien méritée, faisons un point sur cette année et ce qui nous attend à la rentrée
Faisons une pause dans cette année aux allures de descente en piqué.
Une pause que je vous souhaite salutaire et reposante tant la seconde moitié de l’année promet de continuer dans la même veine. C’est de saison, faisons un point météo :
On prend les mêmes…
Côté climat social, ne vous attendez pas à ce que la crise de nerfs permanente se calme. D’un côté le gouvernement est mis au pied du mur à devoir choisir entre une nouvelle révolte des agriculteurs ou un déni de la plus grosse pétition jamais enregistrée par l’Assemblée Nationale.
De l’autre l’ensemble des forces syndicales ont promis une rentrée explosive et des signaux faibles suggèrent que certains gilets de triste mémoire pourraient ressortir à l’automne. Le tout pour un budget qui ne semble pas avoir les votes pour passer dans tous les cas.
Côté économie, l’UE vient de capituler en rase campagne face aux exigences de l’administration Américaine, faisant craindre autant de nouveaux reculs sur la durabilité environnementale que sur la simple compétitivité des entreprises Européennes.
Et ne parlons même pas d’international où l’époque du “droit international” ne semble plus signifier grand chose face aux impérialismes des uns et des autres, aux voies d’approvisionnements qui se négocient à coup de menaces d’annexion et au respect basique de la dignité humaine qui se retrouve placardé comme opinion dangereusement séparatiste.
Bref, peu de raisons de se réjouir au moment d’aller se dorer la pilule, au point qu’une majorité d’adultes (en tout cas aux Etats Unis, mais il y a peu de raisons de penser que l’Europe soit bien mieux lotie) se détournent des nouvelles du monde comme si se voiler la face avait un jour été une solution.
Et on recommence ?
La bonne nouvelle, c’est que toutes ces mauvaises nouvelles ont un point commun. Toutes sont basées sur l’idée que les désirs de l’humanité sont supérieurs à ce que la réalité peut nous fournir.
La paix sociale ? Facile : promettons plus à tout le monde.
La paix économique ? Facile : promettons plus à tout le monde.
La paix internationale ? Facile : promettons plus à ceux qui ont le plus de canons.
Se faire élire ? Facile : promettons plus, pour gagner plus !
La faille de cette logique, c’est que nous ne vivons pas dans le monde merveilleux des jeux vidéos où les ressources réapparaissent périodiquement (ce n’est même pas une blague, un des modèles économiques vidéoludiques les plus aboutis a été étudié comme base microéconomique valide)
Nous vivons dans un monde où certaines ressources se renouvellent, d’autres non, et toutes sont indispensables au “plus” que les uns et les autres promettent pour faire tenir l’édifice bâti depuis le début de l’ère industrielle.
Au point que toutes les notions gouvernant nos vies et nos économies soient issues de ces hypothèses, bien que toutes aient été dénoncées comme obsolètes par ailleurs.
Plus d’infos ici :
Au point que nos sociétés développées soient prises en étau entre une nostalgie n’ayant plus grand chose à voir avec la réalité et un cynisme qui pousse une part toujours plus grande des acteurs de ces sociétés à se détourner de la marche du monde.
Plus d’infos là :
Le tout au rythme des tambours battants d’un paysage médiatique qui a multiplié par quelques centaines les informations auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement en quelques décennies. Enfermant nos cerveaux dans un cycle infernal d’émotions polarisées et de réactions sans lendemain.
Il y a une raison si tous les articles écrits ici sont longs et fouillés. C’est une occasion pour moi de vous offrir une parenthèse. De vous offrir un moment de hauteur face à la logique de clash et d’instantané qui ne sert en définitive que ceux qui n’ont pas très envie que vous réfléchissiez trop..
Un autre monde d’après est possible
Nous sommes début (presque) Août et nous avons le droit d’espérer quelques semaines de tranquillité avant que le cirque du monde ne reprenne sa danse.
C’est le moment pour vous de vous reposer des tracas de l’année, de penser à votre trajectoire personnelle et professionnelle et de vous demander où est-ce que tout ceci vous amène ?
Allez-vous continuer à souhaiter toujours plus, malgré les conséquences qui s’empilent et viennent rogner sur votre confort de vie et la durabilité de vos entreprises ?
Ou allez-vous profiter de cette pause pour vous demander où tout ceci va et si votre trajectoire vous convient ?
Parce que le monde d’après existe déjà. Là où les promoteurs du “toujours plus” sont ébranlés jusque dans leurs fondamentaux, des alternatives saines, durables et prospères émergent. Le poisson se fait rare ? Qu’à cela ne tienne, faisons des conserves d’autre chose à côté pour durer ! Le bois se fait rare et cher ? Qu’à cela ne tienne, il en existe des tonnes à revaloriser plutôt que d’en couper “toujours plus”
Mais pour trouver ces alternatives, il faut sortir de l’opposition binaire et stérile “toujours plus ou rien” parce que les conséquences de cette logique sont de plus en plus douloureuses.
Et pour les plus cyniques d’entre vous, même si un monde à couteaux tirés pour s’accaparer plus de ressources vous convient, rappelez-vous que nous ne faisons pas partie d’un des camps avec le plus de canons.
Ce qui nous condamne à la vassalisation que nos gouvernants viennent d’accepter sans aucune garantie que cela fasse revenir le temps béni où tout allait bien. Temps béni qui, s’il fallait le rappeler, est un mécanisme de protection de notre cerveau. Autrement dit une illusion.
(Et pour celles et ceux qui ont la référence, oui le titre de cette partie est une inspiration directe de l’ouvrage de Servigne)
Revenir au réel, repartir du réel
Les Etats Unis ont des proverbes illustrant leur pragmatisme et leur approche directe du monde. Parmi ceux que l’on entend assez peu dans les cercles mondains il y a celui-ci :
“The grass looks greener on the other side because it’s fertilized with bullshit”
Malheureusement intraduisible directement mais que l’on pourrait rapprocher du :
“Si ça a l’air trop beau pour être vrai, c’est souvent que ça l’est”
Une stratégie lean basée sur la data est la seule voie optimisée possible ? Oui, si l’on arrête de considérer ses clients comme des humains. Demandez à Nike.
La mondialisation est le moyen le plus sûr d’optimiser les approvisionnements aux meilleurs coûts ? Oui, tant que le pétrole est abondant, bon marché, et qu’aucune andouille ne vient se mettre en travers du canal de Suez.
Il suffit de pouvoir substituer un capital donné pour qu’un procédé soit réputé durable ? Oui. Sauf qu’on n’a jamais appris à faire des engrais aussi pratiques qu’avec du gaz naturel et du phosphate. Tous deux non renouvelables.
Un produit moins cher est forcément une bonne affaire ? Oui, tant que les coûts externes sont supportés par d’autres et ne vous affectent pas. Malheureusement, le charbon utilisé pour créer les objets bon marché en question a le mauvais goût de ne pas s’arrêter aux frontières…
“Si ça a l’air trop beau pour être vrai, c’est souvent que ça l’est”
Alors chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite quelques semaines de sérénité et de repos pour que vous puissiez vous demander si vous avez envie de continuer à participer au “trop beau pour être vrai” et quelle alternative vous pourriez mettre en œuvre.
Parce que s’il y a bien une chose dont nous ne manquons pas, c’est d’intelligence et de courage. Pour peu que nous ayons le temps de réfléchir plus loin que le prochain like ou le prochain rapport trimestriel.
Passez un beau mois d’août, prochaine newsletter le 25 pour préparer la rentrée !




