La durabilité, votre meilleur atout dans un monde mouvementé
Si l’on écoute les éditorialistes économiques, nous vivons dans un monde simple : il suffit de faire plus grand, plus fort, et tout ira bien. Mais la réalité est plus têtue que ça.
Si l’on écoute les éditorialistes économiques, nous vivons dans un monde simple : il suffit de faire plus grand, plus fort, plus vite, moins cher, et tout ira bien.
Sauf que toute personne ayant porté un projet sait bien que la réalité est plus nuancée que ça et que les mantras de performance quelles que soient les conséquences et quels que soient les coûts ne fonctionnent que dans le monde merveilleux de la théorie.
Dans les années 90, une légende a même émergé sur la présence dans le bureau du président Clinton d’un proverbe depuis passé à la postérité comme un exemple de bon sens irréfutable
Il n’y a pas pire aveugle que… ceux qui ne veulent pas voir.
A son époque, cette punchline pouvait se défendre. L’Occident tenait le reste du monde dans une forme de contrôle ou une autre permettant d’envisager sereinement de se développer parce que tout irait bien par ailleurs.
Sauf que désormais la suite de l’histoire est connue.
La fin de l’histoire de Fukuyama a été le début de la fin de la toute puissance de l’Occident version seconde moitié du XXème siècle
Le retour des bruits de bottes a suivi les refus catégoriques de se poser la question de se recaler à des niveaux de performance stables et l’on a invoqué le “bon sens” comme remède aux aveuglements individuels et collectifs
Sauf que la réalité physique n’ayant ni campagne électorale ni assemblée d’actionnaires à convaincre, elle se moque bien de nos envies et de nos promesses.
Performance, performance, est-ce que j’ai une tête de performance !
La performance est une notion que l’on entend quelques douzaines de fois quotidiennement dans les environnements professionnels. C’est un concept tellement utilisé et lessivé qu’il finit comme cette vieille chemise que nous laissons tous au fond du tiroir parce qu’elle ne ressemble plus à rien. La performance, c’est faire “plus”. Quoique le “plus” puisse vouloir dire.
La performance, par exemple, c’est ça :
Un engin absolument démentiel qui atteint des records prodigieux et peut produire des exploits inégalés… lorsque tout va bien par ailleurs ! Essayez de faire avancer cet engin ailleurs que dans une baie sans aucune vague, par beau temps et avec juste ce qu’il faut de vent… Ça ne se passera pas bien.
Sinon, la performance, c’est aussi ça :
Avancer quoiqu’il arrive, supporter toutes les avanies que la période peut nous envoyer à la figure et ramener à bon port tous ceux qui participent au voyage. Par contre, évidemment, dans des conditions idéales c’est lent, pataud et pas forcément très agréable si l’on est adepte de sensations fortes.
Dès lors, la question devient : pensez vous, chères lectrices et chers lecteurs que le navire économique pour lequel vous vous investissez doit traverser un beau temps sans aucune vague ou une période d’intempéries potentiellement difficiles ?
Et dépendant de votre réponse, pensez-vous que la définition que vous mettez derrière le terme “performance” soit la bonne ?
Les chiffres sont têtus, et ne pointent pas là où on le croirait.
Selon une étude de 2024 de Gartner, 69% des dirigeants d’entreprise considèrent que la durabilité est un facteur structurant pour l’avenir de leur entreprise. Ce qui pourrait surprendre si l’on écoute d’un peu trop près nos amis éditorialistes économiques.
Ce qui surprend un peu moins si l’on creuse un peu et que l’on se rend compte
que la durabilité peut permettre de réduire de 70% les coûts énergétiques d’une activité donnée.
que la durabilité peut ouvrir de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités business dans un peu plus de 60% des cas
qu’elle est, selon le Forum Economique Mondial, le meilleur rempart à la hausse des coûts de disruption des affaires causée par le dérèglement climatique.
et même la Cour des Comptes, qu’on peut difficilement accuser d’idéalisme financier, assure que le coût de l’inaction sera 10x supérieur au coût de l’adaptation dans la transition en cours…
Bref, “it’s the economy, stupid !” est la punchline d’un monde où tout le reste va bien et où l’on peut se concentrer sur l’accumulation de richesse et de confort.
Si vous connaissez des personnes qui pensent encore vivre dans ce monde là, conseillez leur d’ouvrir un média pendant une petite heure ou de chercher les prévisions économiques de leur secteur. Sinon elles risquent de se réveiller sur de très mauvaises surprises.
Comment sortir de la spirale infernale ?
Si l’on ne peut plus se fier à notre seul bon sens ni à ceux qui nous disent à longueur de temps d’antenne que tout ira bien pour peu que l’on se serre la ceinture encore un temps (Après, comme disait le poète, on sera habitués !)... que faire ?
S’éloigner des boussoles obsolètes.
L’économie est une discipline curieuse dans le monde des sciences humaines. Elle se fonde sur des hypothèses impossibles à prouver sur le moment et doit attendre de savoir si ces hypothèses se sont vérifiées dans la réalité pour avancer.
A une époque, on a théorisé tout à fait sérieusement que la nature était gratuite et inépuisable :
Et encore aujourd’hui, alors que les nouvelles de pics de production de ressources critiques comme le pétrole ou le lithium tombent presque plus vite que les gouvernements Français, on a trouvé judicieux de donner le prix Nobel d’économie à un chercheur qui postule que l’innovation est le seul moyen de retrouver la croissance. Sans aucune mention des ressources naturelles. En 2025, il fallait oser !
Revenir à la réalité.
Il ne s’agit pas de faire la révolution pas plus que d’abattre quelque citadelle que ce soit. Déjà parce que la citadelle en question nous vivons tous dedans, mais en plus parce que les révolutions ont la fâcheuse tendance à nous faire revenir à la case départ qu’on le veuille ou non.
Il nous faut bâtir un nouveau modus vivendi. Un compromis viable pour tous les acteurs qui tienne compte des enjeux financiers, environnementaux et de ressources à niveau égal. Parce que chacun de ces trois piliers est indispensable à la survie de l’activité économique.
Cette nouvelle boussole existe, elle s’appelle Archimède et de nouvelles entreprises s’en servent chaque jour pour inventer leur performance durable.
Parce que le temps des vendeurs de rêve, côté économique ou écologique, est passé. Place aux bâtisseurs de ponts et de compromis pour enfin avancer dans le réel plutôt que de se perdre dans l’idéal.
Bonne semaine à toutes et tous !











