Le climatosceptique, Brandolini et toi (et moi)
Suite à la récente vague de haine et de violence dont les scientifiques et lanceurs d’alerte climat ont été victimes ces dernières semaines, certains principes d’expression dans l’espace public et simplement de communication mériteraient d’être rappelés. Précision préalable, si vous vous reconnaissez dans le premier terme du titre, ce petit billet ne va pas vous plaire.
En effet, les réseaux sociaux ont libéré la parole de tous ceux qui prennent la peine d’exprimer une opinion. Par conséquent le niveau de savoir et d’autorité sur un sujet pour prendre la parole dans l’espace public s’est effondré. Pas que pour le pire notez, les injonctions floues des experts provoquent souvent des frustrations et on renâcle souvent à exécuter des injonctions que l’on ne comprend pas. Selon Clair michalon, c’est même une spécificité de la culture Française. Râler et douter on a bien compris qu’on pouvait, merci !
Revenons à nos climatosceptiques. Dans un élan qu’Etienne KLEIN avait déjà déno
ncé dans son tract magnifique “Je ne suis pas médecin mais…”, les réseaux sociaux valident par construction l’opinion de tout un chacun pourvu qu’il y ait une audience pour l’entendre. Les Etats Unis l’ont tellement bien compris qu’ils ont porté un de ces charlots jusqu’à la Maison Blanche…
Les climatosceptiques sont donc ineptes oui. Mais pas seulement. Si ce n’était que ça, les contrer serait simple. Les climatosceptiques ont peur. Peur d’un monde qui leur échappe, peur de rentes durement gagnées qui partiraient en fumée si les règles du jeu venaient à changer. Peur d’avoir été du mauvais côté de l’histoire et d’avoir œuvré, souffert et sué en vain.
Je ne dis pas qu’ils ont raison. Je dis que si on ne se met pas dans leurs baskets une minute, si on ne cherche pas à comprendre leur position, on ne fait qu’entretenir le brouhaha des réseaux sociaux et des conversations polarisées qui, finalement, n’aident personne.
Oh rassurez vous, je suis le premier exaspéré des envolées stupides d’un Laurent Alexandre ou d’un Idriss Aberkane. Parce que c’est leur but :
En polarisant la discussion ils empêchent les indécis de se faire une opinion éclairée et entretiennent le mythe selon lequel “il y a les pro, il y a les antis et personne n’est d’accord”
Sauf que ce n’est qu’un mythe. A part quelques ahuris qui pensent qu’une divinité contrôle nos vies ou qu’on va aller pique-niquer sur Mars, la plupart des gens sont au moins d’accord sur les constats.
Et c’est bien là le cœur du sujet. Comment gérer les minorités vocales qui ont soit un intérêt objectif à “shit all over the board” pour reprendre le mot d’ordre à ses troupes de Steve Bannon, soit qui sont simplement paralysées par des peurs, de la mauvaise foi, ou une incapacité à imaginer des alternatives ?
Répondre à tout le monde est une perte de temps. Les efforts d’un Thomas Wagner ou d’un Serge Zaka à éduquer leurs trolls sont méritoires mais, sur le long terme, vains. La loi de Brandolini s’applique à toute personne faisant une réponse émotionnelle à un argumentaire sourcé.
Pour reprendre une autre image connue, jouer aux échecs avec un pigeon ne mène qu’à le voir parader sur le plateau en détruisant tout, se soulager sur les dernières pièces et partir comme s’il avait gagné quoique ce soit...
Répondre à personne n’est pas non plus une solution. Puisqu’au milieu des pros et des antis, il y a des indécis qui n’ont pas un temps d’attention infini à consacrer au sujet et si on laisse simplement les vendeurs de vent étaler leurs peurs à longueur de tweet ou de post, on finit par simple effet de répétition par créer de nouveaux climatosceptiques. La pédagogie, c’est la répétition comme le rappelait Kierkegaard. Et si l’on répète des âneries suffisamment souvent, certains finiront par le croire comme le prouvent les cohortes d’électeurs aux différentes élections Françaises (mais pas que chez nous !)
La solution, peut-être, se trouve dans les acquis de la communication politique. Il y a dans ce monde une règle pour qui veut mener une campagne qui pourrait s’appliquer avec succès aux discussions sur le climat. La règle du 80, 10, 10.
Dans une campagne électorale, tous les camps ont trois audiences cible :
Les 10% férocement pour. Eux voteront pour vous quoiqu’il arrive.
Les 10% férocement contre. Eux, au contraire, ne voteraient pas pour vous même s’il y avait un cannibale lobotomisé en face.
Et les 80% que l’on peut convaincre d’aller soit dans un sens, soit dans l’autre.
La taille de ces trois camps peut varier. Ce qui ne varie pas en revanche, c’est le degré d’effort à y consacrer. 10% pour contrôler les trolls, 10% pour remercier les militants, 80% à destination de ceux qui feront effectivement pencher la balance.
Comment cela se traduit pour ceux qui ont l’énergie et le courage de relayer jour après jour les nouvelles du climat et de l’état du monde ?
Ne répondez pas aux trolls. Répondez, via eux, à leurs audiences. Si un troll n’en a pas, laissez le dans le noir et ne le validez pas en lui donnant de la visibilité.
Ne répondez pas aux insultes et aux moqueries mais tenez vous en aux faits. Les climatosceptiques n’ont pas d’argumentaire si ce n’est leur peur. Malheureusement les faits se moquent bien de leur opinion et les audiences auxquelles vous vous adresserez y seront en général plus sensibles.
Prenez ces insultes pour ce qu’elles sont : un signe que l’opinion est en train de changer de notre côté. S’ils ne se sentaient pas menacés, ils n’éprouveraient pas le besoin de mordre à longueur de message.
Sachez enfin que du fond du cœur, nous sommes des milliers à vous remercier pour le combat que vous menez. Pour le courage dont vous faites preuve et pour l’énergie que vous mettez à faire aller le monde dans une direction moins insoutenable.

