Le début de la fin des trajectoires insoutenables
Ce n’est une nouvelle pour personne, les Etats Unis sont repartis à l’assaut de l’Iran, un peu plus d’un an après avoir échoué à faire plier le régime dans leur course aux derniers champs pétroliers..
Depuis quelques jours, nous assistons médusés pour certains, consternés pour d’autres au dernier exemple en date d’une logique de puissance Américaine en état de surchauffe qui essaie par tous les moyens de conserver une place que ses réserves de ressources naturelles ne lui permettent plus d’assumer.
Ce n’est une nouvelle pour personne, les Etats Unis sont repartis à l’assaut de l’Iran, un peu plus d’un an après avoir échoué à faire plier le régime dans leur course aux derniers champs pétroliers disponibles.
Cette situation n’est ni une surprise ni une erreur. Elle est la suite d’une stratégie d’accaparement des énergies fossiles indispensables à la poursuite du rêve Américain et à un retour hypothétique à cet “avant” rêvé qui fait frémir tout ce que la planète compte de nostalgiques.
Pour comprendre ce qui se joue, il faut comprendre la notion de “capitalisme de la finitude” comme l’appelle Arnaud Orain dans ses travaux sur les fins de cycles économiques.
Pour résumer grossièrement, lorsqu’un mur approche signalant la raréfaction ou la fin d’une ressource donnée, le réflexe d’aller chercher ce qu’il reste par la force est une constante dans l’histoire : la Compagnie des Indes, puis la colonisation de l’Afrique et aujourd’hui la course aux énergies fossiles relèvent de la même logique.
Avec cependant deux grosses différences qui pourraient avoir un impact sur chacun.e d’entre nous et impose de prévoir ses plans pour l’avenir en fonction de cette incertitude.
I - Le monde des grands prédateurs est derrière nous
On pourrait se poser la question du choix des cibles des Etats Unis. Après tout, si l’enjeu était démocratique pourquoi mettre à la tête du Venezuela l’ancienne n°2 du régime ? Si l’enjeu était sécuritaire, pourquoi mettre le feu aux poudres en Iran alors même que le dictateur local est en fin de vie et que la région est déjà une poudrière ?
Cela va sans dire mais mieux en le disant, dans un cas comme dans l’autre, les régimes en place sont des monstruosités dont la fin ne sera pas pleurée par grand monde. Toutefois, si l’enjeu du déclenchement des hostilités était le fait qu’un régime assassine allègrement sa population, la liste des cibles serait toute autre. Russie et Philippines probablement en tête.
L’enjeu, bien entendu, est le pétrole. Et pas n’importe lequel ! Un pétrole qui jusqu’à présent bénéficiait à la Chine, nemesis probable des Etats Unis pour le siècle à venir.
Seulement voilà, dans notre monde devenu asymétrique et ultra connecté, même si un régime est militairement à terre et ne peut pas s’opposer frontalement à la plus grande armée du monde, il peut demeurer une source de nuisance surtout s’il contrôle une des artères majeures du commerce mondial.
Dans ces conditions et face à un régime fanatisé depuis des décennies, la simple possibilité d’une menace sur le transit commercial a déjà provoqué un tsunami dans le monde pourtant habitué aux tempêtes des armateurs internationaux.
Bref, pour mettre la main sur du rabe de pétrole, les Etats-Unis sont prêts à une confrontation quasi directe avec la Chine et à un blocage de 20% du commerce mondial. Même si l’on considère l’hubris du locataire de la maison blanche, cela dénote une fébrilité et une fuite en avant de moins en moins contrôlée qui devrait inquiéter toutes celles et ceux qui portent un projet économique.
Surtout quand on considère le second point : nous sommes sur le point de nous battre pour des miettes sans aucune garantie d’apaisement durable derrière.
II - S’entretuer pour les ruines d’un rêve obsolète
Tout ceci se déroule dans un contexte de plus en plus complexe pour nos économies dopées au commerce international et à la mondialisation.
L’Agence Internationale de l’Énergie (qui rappelons-le, regroupe des représentants de tous les producteurs d’énergie, fossiles compris) alertait l’an dernier sur le “phénomène de Reine Rouge” dans lequel le secteur était en train de s’embourber. A cette date, 90% des investissements du secteur des énergies fossiles était dédié à simplement conserver un niveau de production stable face à l’épuisement des champs en exploitation.
On comprend mieux la fébrilité des grandes puissances mais plus le temps passe, plus cette fébrilité fait penser à celle d’un prédateur mortellement blessé souhaitant entraîner avec lui son ou ses opposants.
Car enfin, même si les Etats Unis deviennent “great again” et rien n’est moins sûr…
il reste trois questions brûlantes à traiter :
Combien de temps cette nouvelle manne va durer ? Et selon l’AIE, c’est tout au plus quelques années.
Comment est-ce qu’on se prépare à l’après si l’intégralité de nos richesses sont dédiées à ne pas régresser trop vite déjà aujourd’hui ?
Comment le reste du monde va réagir à voir les grands empires s’écharper pour des miettes pendant que le climat continue de se dérégler ?
Oui, mais ma PME et moi…
Tout ça c’est bien beau (ou pas !) me direz vous, mais en quoi est-ce que cela concerne les lecteurs de ce blog qui à priori ne sont pas aux manettes des puissances de ce monde ?
Vous avez tenté de faire le plein depuis quelques jours ?
Vous attendez une livraison en provenance de l’Asie ?
Vous dépendez d’une chaine logistique mondialisée ?
Voilà en quoi tout cela vous concerne.
S’il devait y avoir une victime bienvenue dans la période que nous vivons, c’est la croyance selon laquelle l’économie n’a pas à se préoccuper de politique et de géopolitique. Le monde dans lequel nous avons opéré depuis des décennies où le coût d’une ressource est la seule variable intéressante est terminé. Le monde où il suffit de générer un profit rapidement pour avoir du succès est terminé.
Notre président nous avait prédit la fin de l’abondance il y a quelques années, nous y sommes. Toute personne présidant à la destinée d’un projet, d’une entreprise, ou d’une organisation devrait avoir ces notions en tête et l’obsession de sécuriser ou de renforcer la résilience de son activité sous peine de prendre de plein fouet des soubresauts décidés à des milliers de kilomètres sans avertissement.
Enfin même s’il y en a parmi vous qui trouvez la situation admirable et que l’entrain des Etats Unis à mater des régimes meurtriers vous remplit d’espoir, posez-vous cette simple question : s’ils gagnent, quelle sera votre part du gâteau ?
Ni vous ni moi ne sommes à la table des négociations et comme le dit le dicton :
“en négociation, soit on est autour de la table, soit on est au menu”
Tu cherches à nous faire peur pour vendre tes services
C’est ce que me répondent régulièrement des chefs d’entreprise, pris entre un réflexe défensif de leurs stratégies passées et une tentative de se rassurer pour l’avenir.
Je leur réponds toujours la même chose : demandez à votre comptable la courbe de vos frais fixes et regardez ce qui est en train de vous ronger petit à petit. L’énergie, les matières premières, les pollutions, les dérèglements du climat. En un mot : les limites physiques du monde.
Et croyez moi, les limites physiques du monde se moquent bien de savoir si on est d’accord ou non. De savoir si l’on appréciera la pilule ou non.
Les deux questions importantes à ce stade pour chacun.e d’entre vous sont :
A quel point êtes-vous certain.e de la robustesse de votre modèle économique ?
Si vous attendez, comment évoluent vos réserves de capitaux pour initier un changement ?
La bonne nouvelle, c’est que l’on sait déjà faire du soutenable et du durable.
Encore faut-il s’y prendre à temps.




