Les personnes qui opposent prospérité et durabilité vous mentent. Et pour l’essentiel, elles le savent.
Au chapitre des marronniers des discussions en entreprise, l’opposition “de bon sens” entre performance financière et durabilité est un argument classique opposé à toute tentative de changement...
Au chapitre des marronniers des discussions en entreprise, l’opposition “de bon sens” entre performance financière et durabilité est un argument classique opposé à toute tentative de changement.
Classique et, pour l’essentiel, faux.
Même les myopes souffrent de prendre un mur
Les modèles économiques sont -quasi- unanimes, le seul facteur important dans la conception d’un produit marchand est l’équilibre entre offre et demande. S’il existe une demande de valorisation d’une ressource donnée, il se crée un marché sur lequel des entreprises peuvent concourir pour satisfaire cette demande…
… dans le monde merveilleux de la théorie …
Dans la réalité, cette conception des échanges entre êtres humains se heurte à des limites physiques. Peu importe que la demande pour de la viande de dodo soit importante, la ressource n’existe plus. Dès lors, le marché n’existe pas non plus.
Vous vous demandez certainement depuis quand ce blog est devenu un concours d’enfoncement de portes ouvertes ? Eh bien depuis que la science économique, mise devant sa myopie des contraintes physiques, s’entête à foncer la tête la première dedans sans se préoccuper des dégâts qu’elle s’auto inflige.
S’il est simple de concevoir les raisons pour lesquelles il n’y a pas de marché sur la viande de dodo, il l’est un peu moins de considérer ceci :
que se passe-t-il lorsque la viande de dodo vient à manquer ?
Les populations de dodo déclinent, nous sommes sur l’Île Maurice au XVIIe siècle et les chasseurs de cette viande constatent que jour après jour ils reviennent avec moins de proies pour nourrir leurs clients. Donc ils chassent de plus en plus pour couvrir les besoins de leurs clients qui eux n’ont pas moins faim du fait du manque de fertilité des dodos. En économie, on appelle ce phénomène la loi des rendements décroissants.
Las, au bout d’un moment, nos vaillants chasseurs vont se tourner vers des alternatives et faire venir de l’Afrique proche des troupeaux de chèvres pour proposer à leurs clients une alternative à leurs envies de rougail. En économie, on appelle ça la durabilité (faible) : tant qu’il existe un capital à substituer à un capital déclinant, une activité est considérée durable.
Durable peut-être, sauf pour les dodos, pour les chasseurs qui n’auront pas pris au bon moment le virage de l’innovation “chèvre”, et pour les clients qui n’auront pas le budget d’être parmi les premiers à être convenablement servis en chèvres.
Pour tous ceux-là, c’est le mur.
Autrement dit, se fier à la seule science économique sans tenir compte des externalités physiques qu’elle provoque crée inévitablement des remous et des dégâts au point que certains économistes l’ont théorisé comme étant un préalable à l’innovation, il s’agit de Schumpeter et de la théorie de la destruction créatrice.
Et si la perspective de l’extinction d’une espèce d’oiseau à l’air un peu stupide peut paraitre anecdotique, l’expérience de pensée devient beaucoup moins drôle lorsqu’on la transpose à des ressources que l’on ne sait pas remplacer.
2026 : pas de pitié pour les dodos !
Lors du premier choc pétrolier des années 70, un caricaturiste de presse avait trouvé spirituel de dessiner son sentiment face à la montée des tensions d’alors. Cela nous a donné une illustration qui à l’époque prêtait à sourire.
Un demi siècle plus tard et l’actualité quotidienne aidant, l’image est beaucoup moins drôle. Mais reflète une même réalité, émergente alors et critique aujourd’hui : lorsque le développement mondial est dépendant d’une seule ressource pour la quasi-totalité de ses échanges et que l’on base la paix mondiale sur l’existence de ces échanges…
Alors le volume de pétrole disponible devient l’indicateur le plus fiable de la stabilité du monde.
Évidemment, ceci est une autre porte ouverte enfoncée et les déclarations sur les réserves et les productions sont à prendre avec des pincettes en titane (renouvelable) puisque l’importance stratégique de la ressource justifie toutes les manipulations possibles et imaginables sur les chiffres mis à disposition du public.
Toutes, sauf le volume ayant été effectivement mis à disposition du monde pour faire tourner sa machine économique. Et tout d’un coup, la situation dans laquelle nous sommes prend tout son sens :
( Source : données récapitulatives de l’AIE )
Après un premier décrochage notable en 2007, dont certains postulent qu’il serait la source ayant causé la crise de 2008, nous avons connu un plateau ces 15 dernières années. Plateau soutenu par les pétroles non conventionnels qui n’ont jamais été rentables hors refinancement de leur dette et dont le plateau de production est prévu dans l’année qui vient selon le patron de Chevron.
Dit autrement, la rustine trouvée pour passer le cap de 2008 commence à montrer de sérieux signes de faiblesse. Il est donc temps pour nos chasseurs de dodos pétroliers d’aller voir du côté d’autres troupeaux :
Le premier a des réserves immenses mais impropres à l’usage au point que même les pétroliers américains ne veulent pas y aller. Tous les autres dans le quinté de tête sont des alliés plus ou moins consentants des Etats Unis sauf… Vous avez la raison du cirque autour d’Ormuz depuis le début de l’année.
Parce que le dodo pétrolier, contrairement à son ancêtre volatile est irremplaçable à iso conditions économiques.
Et qu’il conditionne l’ensemble de l’économie derrière, y compris votre TPE qui ne voit pas bien le rapport entre toute cette démonstration et ses difficultés à boucler les fins de mois.
A la fin de l’envoi, je dure (ou pas.)
Tout ceci pour arriver à nos histoires de durabilité / prospérité. En partant d’une définition de la durabilité postulant une substituabilité entre les capitaux, l’économie mondiale s’est rendue myope aux ressources critiques et aux implications en cascade qu’une rupture sur celles-ci provoquerait.
Ou plus exactement a passé le cageot de patates chaudes aux suivants depuis un demi siècle en se disant qu’après eux le déluge. Puisque depuis le rapport au club de Rome et le demi siècle de travaux qui ont suivi, on connaît ces limites que l’on a choisi de faire durer le plus possible pour ne pas irriter des tissus sociaux déjà pas très stables
Mesdames et messieurs, lectrices et lecteurs.
Les suivants, les “générations futures” du sommet de Rio, c’est nous.
Nous avons poussé la logique de l’optimisation et de la procrastination au bout et nous avons fini par aller trop loin. Tels les Nains de la Moria, nous avons élu des Balrogs qui nous promettaient du “great again” ou de la préférence nationale comme si l’une ou l’autre des promesses avait le moindre impact sur les réserves de pétrole dans le monde.
Le choix face à nous est désormais de continuer à foncer la tête la première dans les limites planétaires ou commencer à produire et créer différemment. D’où la durabilité !
Et s’il y a bien un secteur qui l’a compris et fait sa transition à bas bruit, c’est le secteur de la finance
Tous les grands noms sont unanimes !
Morgan Stanley : les fonds durables ont de meilleurs résultats que les fonds non durables.
S&P : les points de bascule climatiques sont les risques les plus sérieux sur la croissance mondiale
Mais alors, si tout le monde est d’accord, pourquoi est-ce que l’on a attendu un demi siècle d’être de nouveau au bord de la guerre avec des conditions mondiales dégradées pour agir ?
Parce que le chasseur de dodos a des factures à payer et que tant que la ressource existe, pourquoi se compliquer l’existence à aller chercher ailleurs ?
Simple question : dans la métaphore filée depuis le début de ce papier, qui est le dodo des grands acteurs financiers ?
C’est vous. Et moi. Et nous.
La finance vivant de promesses de croissance sur l’avenir ne peut pas se permettre de demander à ses clients moins de croissance immédiate même s’ils savent bien que cette stratégie est une impasse. Du moins une impasse pour vous et moi, eux sont “too big to fail” (Schumpeter aurait adoré !) et n’ont pas grand chose à craindre des perturbations.
Puisqu’après avoir parié 15 ans sur un secteur pétrolier n’ayant jamais gagné d’argent, ils parient maintenant sur un secteur qui a déjà englouti 1500 milliards de dollars pour en récupérer le tiers dont la majorité est allée au fabricant de pelles de cette nouvelle ruée vers l’or.
Je parle bien évidemment de l’IA et je ne peux pas m’empêcher de vous partager cette perle à envoyer à toutes celles et ceux qui vous promettent des montagnes de performance si seulement on investit un peu plus : https://isaiprofitable.com
Bref, lorsque votre banquier ou votre investisseur vous réclame plus de croissance de court terme, rappelez vous que c’est dans son intérêt. Pas le vôtre.
There is no alternative ? (si.)
Comment, dès lors, être des chasseuses et des chasseurs de dodos pensant à l’avenir et souhaitant continuer de chasser sans se fracasser sur la disparition de la ressource ?
En comptant le nombre de dodos restants et le nombre de nids possibles quand on chasse. C’est la promesse de l’outil Archimede développé par notre équipe qui permet de piloter la robustesse facilement et rapidement.
En se servant des travaux déjà disponibles sur les nouveaux gisements de prospérité, notamment ceux du Forum Économique Mondial qui estime dans une étude récente que le monde gaspille 25 400 milliards de dollars tous les ans (ce n’est pas une typo) simplement en ne tenant pas compte des possibilités de l’économie circulaire.
Au grand minimum, en se posant la question de ses dépendances et de ses risques comme même le Harvard Business Review nous y encourage.
La prospérité de demain sera durable ou ne sera pas. Et plus nous attendons pour nous y mettre, plus nos leviers d’actions faibliront.
Pour paraphraser Jean-Marc Jancovici parlant du changement climatique “soit on s’occupe de lui, soit il s’occupera de nous”
Et il ne tient qu’à chacun.e d’entre nous de devenir éleveur/euse de dodos avant de ne plus rien trouver à manger !
Bonne semaine à toutes et tous !







