Méthode

Ce que je fais, comment je le fais, et pourquoi je le fais ainsi


I. Pourquoi écrire

Bienvenue à 23h58. Ce n’est pas un nom choisi au hasard. C’est le constat de départ : les fondamentaux qui soutenaient nos sociétés depuis la révolution industrielle vacillent et nous passons, de gré ou de force, à un nouveau monde.

Dans ce contexte, il est tentant de se voiler la face et de tenter de faire perdurer le business as usual aussi longtemps que possible. Celles et ceux qui le font sont soit tétanisé.e.s par l’incertitude, soit persuadé.e.s qu’ils et elles survivront quoiqu’il arrive, dans un bunker à Hawaii ou en Argentine.

Pour le reste d’entre nous, il manque pour le moment d’un cadre de pensée et d’un cadre de valeurs permettant de continuer à faire société lorsque le ferment que l’on a utilisé depuis deux siècles, le confort matériel, vient à manquer.

“Quand le foin manque au râtelier, les chevaux se battent.” dit l’adage.

Cette publication est une modeste contribution pour réduire ou empêcher cette violence. En proposant des compromis vivables plutôt qu’agréables, en étant sans concessions avec nous-même plutôt qu’avec les autres.

Parce que s’il est de plus en plus clair que le foin va manquer, en revanche nous avons toujours le choix d’être des chevaux... ou pas.


II. Une méthode en trois temps

Dans la plupart de mes articles, on retrouve la même structure. Un triptyque qui n’est pas un plan fixe, mais une habitude de pensée :

1. Le diagnostic

Je commence par un constat. Un phénomène, une donnée, une tendance. Je la pose sur la table, je la regarde, je l’examine. Ce peut être un chiffre (le pic pétrolier de 2006), un événement (la guerre en Iran), un comportement (les files d’attente aux pompes à essence). La question est toujours : qu’est-ce qui se passe vraiment ?

Je ne fais pas de la vulgarisation scientifique. Je ne suis pas scientifique. Je convoque des sciences (anthropologie, économie, systémique, psychologie sociale) mais je les utilise comme des matériaux pour une réflexion personnelle, pas comme des autorités qu’il faudrait respecter.

Je crois (et ça tombe bien, ça prêche pour ma paroisse !) à l’expression
“Jack of all trades, master of none, but still better than master of one.”

Je suis un consultant ayant toujours travaillé à des enjeux systémiques, pluridisciplinaires. Et la transition en cours est le sujet roi de la systémique : après tout, nous avons construit un monde tellement interconnecté qu’essayer de trouver une clef unique de compréhension fait partie des impasses dans lesquelles nous nous sommes empêtrés. Sortir du “one size fits all” fait partie des solutions qui ont encore de l’avenir.


2. L’analyse

Une fois le constat posé, je le mets en perspective. Je le relie à d’autres phénomènes, d’autres époques, d’autres disciplines. C’est là que les outils conceptuels entrent en jeu : le paradoxe de Tocqueville, la courbe du deuil de Kübler-Ross, la courbe de Hubbert, la loi des rendements décroissants, le capitalisme de la finitude. Ce ne sont pas des citations pour faire savant — ce sont des clés de lecture.

L’objectif est de proposer un schéma explicatif : non pas la vérité, mais une manière de voir qui donne du sens à ce que nous vivons.


3. L’ouverture

Je termine rarement par une conclusion définitive. Je termine par une ouverture : une piste, une question, un terrain de jeu. Je ne dis pas “voilà ce qu’il faut faire” — je dis “voilà à quoi ressemble l’espace où il faudrait agir”. La suite, c’est l’affaire du lecteur.

Je ne suis pas là pour vous livrer une méthode clef en main pour tout résoudre. Je suis à peu près convaincu qu’elle n’existe pas sinon on l’aurait déjà trouvée et implémentée. Je suis là pour amener toutes celles et ceux qui me font le plaisir de me lire à décaler leur regard pour envisager les problèmes sous des angles nouveaux.


III. Les trois courants de mon travail

Si l’on regarde l’ensemble des articles publiés sur ce blog, trois grandes veines les traversent.

1. La veine systémique : le pétrole, sang de la mondialisation

C’est le fil rouge le plus ancien et le plus constant. Depuis les premiers articles, je m’attache à montrer que le pétrole n’est pas une ressource parmi d’autres : c’est la ressource qui permet de transporter toutes les autres. Sans pétrole, pas d’échanges. Sans échanges, pas de mondialisation. Sans mondialisation, pas de croissance. Sans croissance, pas de promesses démocratiques.

Je me suis notamment appuyé sur :

  • Les travaux de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE).

  • Les données de l’Energy Information Administration (EIA).

  • Les analyses de Rystad Energy.

  • Les écrits de Jean-Marc Jancovici, Richard Heinberg, Mathieu Auzanneau.

J’y ai ajouté des concepts comme la loi des rendements décroissants, le phénomène de la Reine Rouge, et la distinction entre ressource et réserve.


2. La veine anthropologique : le pillage sédentaire

C’est la veine la plus récente, mais elle était présente en germe dans les premiers articles. Elle part d’un constat : les coupables habituels (capitalisme, consumérisme, colonialisme, écolos) sont des épouvantails insuffisants. Il faut creuser plus profond.

Je propose une lecture mythologique du Néolithique : l’humanité porte en elle deux héritages contradictoires.

  • L’héritage nomade : la liberté de mouvement, le pillage des ressources avant de passer à autre chose, l’incertitude prédatrice.

  • L’héritage paysan : la sécurité alimentaire, la sédentarité, l’accumulation patiente, la planification.

Le problème, c’est que nous sommes devenus sédentaires sans jamais faire la paix avec notre héritage nomade. Résultat : nous avons conservé les réflexes de pillage des nomades, mais nous les exerçons sur place. J’appelle ça le pillage sédentaire.

Cette veine s’appuie sur :

  • La conférence de Clair Michalon, De la diversité culturelle à l’État de droit.

  • Les travaux d’Edward O. Wilson sur le décalage entre nos émotions et nos institutions.

  • Les réflexions de Yuval Noah Harari sur les réalités interpersonnelles.


3. La veine pratique : l’entreprise dans un monde contraint

Une part importante de mon travail est destinée à celles et ceux qui pilotent des organisations — PME, associations, collectivités. Le constat est simple : nous ne pouvons plus nous fier au seul signal prix. Dans un monde qui se dérègle, la performance financière n’est plus un indicateur suffisant de la santé d’une entreprise.

J’y propose :

  • Une cartographie des risques physiques : dépendances énergétiques, vulnérabilités climatiques, fragilités d’approvisionnement.

  • Une grille de lecture de la robustesse : la redondance, la circularité, la sobriété.

  • Des outils concrets comme Archimède, une boussole de durabilité pour les entreprises.

Cette veine s’appuie sur :

  • Les travaux de Kate Raworth sur l’économie du donut.

  • Les réflexions de Tim Jackson sur la prospérité sans croissance.

  • Les analyses de Philippe Bihouix et de Richard Heinberg sur la fin de l’abondance matérielle.


IV. Une position, pas une posture

J’ai une position. Je ne prétends pas être neutre et si la neutralité était possible, je ne suis pas convaincu qu’elle serait souhaitable.

Ma position est conforme à une échelle de valeurs : réduire le niveau de violence, ne jamais hiérarchiser les humains, ne jamais considérer nos envies comme plus importantes que la physique.

Je crois que :

  • Le monde est en train de changer de phase (nous ne sommes pas en crise, nous changeons de monde).

  • Le pétrole est le sang de la mondialisation, et ce sang se tarit.

  • La démocratie est un moteur qui a besoin de carburant (la croissance) — et ce carburant manque.

  • Nous portons en nous un conflit intérieur vieux de dix mille ans entre l’héritage nomade et l’héritage paysan.

  • Il n’y a pas de solution simple, pas de recette, pas de gourou.

Mais je ne dis pas “voilà ce qu’il faut faire”. Je dis “voilà ce qui se passe, et voici où cela nous mène”. La suite, c’est votre affaire !


V. Les outils que j’utilise

Je ne suis pas un puriste de la méthode. J’utilise tout ce qui peut m’aider à penser plus clairement, sans exclusive disciplinaire.

Outil Usage Le paradoxe de Tocqueville Pour comprendre pourquoi les démocraties ne peuvent pas promettre “moins”. La courbe du deuil (Kübler-Ross) Pour comprendre pourquoi les sociétés bloquent sur le déni et la colère. La courbe de Hubbert Pour comprendre le pic des ressources non renouvelables. La loi des rendements décroissants Pour comprendre pourquoi plus d’effort ne donne pas plus de résultat. Le capitalisme de la finitude Pour comprendre la stratégie des puissances dominantes. L’économie du donut Pour visualiser l’espace entre les besoins sociaux et les limites planétaires. Le “terrain de jeu” Pour poser des limites sans prescrire de solution.


VI. Pour qui j’écris

Je n’écris pas pour convaincre ceux qui ne veulent pas l’être. Je n’écris pas pour plaire à ceux qui cherchent une solution clé en main.

J’écris pour des lecteurs qui :

  • Acceptent de prendre le temps de se confronter à la complexité.

  • Acceptent de ne pas avoir de solution immédiate.

  • Préfèrent une question bien posée à une réponse approximative.

  • Supportent l’ironie, le sarcasme, et les références littéraires.

Et si un de mes textes les fait réfléchir, ou même les fait sourire (parce que l’humour est une arme), alors j’ai fait mon travail.


VII. Une dernière chose

Ce blog est pour l’essentiel gratuit et accessible. Ce n’est pas un business.
C’est un espace où je réfléchis à voix haute sur les transformations du monde.

Si cela vous aide à y voir plus clair, tant mieux.
Si cela vous semble être du “gloubi boulga”, si vous préférez des solutions plus concrètes et plus ficelées, il y a tout un tas d’autres contenus qui vous plairont !

Je ne suis pas un gourou, pas un sachant déconnecté, pas un sauveur.
Je suis un observateur, un systémicien, un éclaireur.

J’allume des lampadaires dans le noir.

Le reste, c’est votre affaire.