L’art subtil de se foutre… des injonctions écolos
L’auteur de L’Art subtil de s’en foutre aurait pu parler directement de la gestion d’une entreprise en période de transition et puisqu’il ne l’a pas fait, on va corriger ça!
Il y a une décennie, l’écrivain Américain Mark Manson proposait une vision décalée et un brin brutale du développement personnel dans un livre qui a fait date : l’Art subtil de s’en foutre (comme lecture de l’été, on pourrait vous recommander pire !)
Dans ce livre, l’auteur enjoint son lectorat à être lui-même et à refuser les attentes irréalistes du monde. À connaître, accepter et cultiver ses limites pour aller vers des objectifs plus atteignables.
Car contrairement au proverbe LinkedIn, quand on vise la lune et qu’on rate on n’atterrit pas dans les étoiles… On dérive jusqu’à arriver au bout de ses ressources.
D’un certain point de vue, l’auteur de L’Art subtil de s’en foutre aurait pu parler directement de la gestion d’une entreprise en période de transition et puisqu’il ne l’a pas fait, on va corriger le tir tout de suite.
Tout d’abord, enfonçons une porte ouverte. En ces temps de canicule ça nous fera un courant d’air : une entreprise n’est pas un acteur éthique ou moral. Ca ne veut pas dire qu’elle est forcément l’inverse, juste que ce n’est pas son sujet. Pas son objet juridique et pas sa motivation première.
Wikipedia nous dit d’une entreprise qu’elle est :
une organisation ou une unité institutionnelle, mue par un projet décliné en stratégie, en politiques et en plans d’action, dont le but est de produire et de fournir des biens ou des services à destination d’un ensemble de clients, en réalisant un équilibre de ses comptes de charges et de produits.
Aucune espèce de mention de morale ou d’éthique là dedans. Et pour cause, quand on essaie de faire rentrer les causes sociales dans une entreprise, cela provoque au mieux un scepticisme immense et au pire des ricanements pas toujours discrets.
Ce qui permet de répondre assez facilement à une première question :
Mon entreprise peut / doit elle être écolo ?
Non.
Non parce qu’elle n’est pas là pour ça. Vous pouvez servir une clientèle écolo, proposer des produits en phase avec les attentes écolos, utiliser les codes de la culture écolo pour toucher ladite cible, mais vous vous êtes là pour présenter un bilan solide à la fin de l’année pour ne pas vous faire taper sur les doigts par le comptable, la banque, le fisc… ou un savant mélange des trois.
Et les personnes qui vous reprochent de respecter vos engagements légaux avant de tenir compte de vos aspirations morales ou des leurs sont celles à qui est destiné le titre de cet article : ignorez les. (ou la version plus fleurie de Mark Manson)
Non, parce que vous évoluez dans un contexte compétitif qui ramène tout désavantage concurrentiel à une vulnérabilité que vos concurrents pourraient utiliser (syndrome de la Reine Rouge)
Non enfin parce que quoique vous fassiez, dès que vous entrez dans un domaine aussi touché par les affects, quoique vous fassiez ne sera jamais assez pour les uns et toujours trop pour les autres. Cette dernière raison est probablement une des causes majeures de la tendance au “climate hushing” depuis les pressions contraires de ces dernières années.
Donc mon entreprise ne doit pas se préoccuper d’environnement ?
Si. Absolument. Tous les jours. En première priorité.
Parce que là où l’écologie est le positionnement moral vis-à-vis de l’environnement, la durabilité est le positionnement utilitaire et pragmatique vis-à-vis de l’environnement. Si le premier est un champ de mines pour les entreprises, le second est une conditions indispensable à la bonne marche de l’économie.
Après tout, il n’y a pas d’économie dans un monde dévasté.
Mais l’environnement et l’écologie sont deux choses différentes. Et comprendre la confusion entretenue dans le débat public permet de mieux se situer dans les intérêts des uns et des autres.
Confusion ? Les derniers jours ont vu les voix râlant sur les méchants écolos empêcheurs de produire en rond, c’est plus compliqué de s’exprimer quand les climatiseurs du plateau télé tournent à plein régime mais vous voyez bien de qui l’on parle. Ces experts qui viennent à longueur d’information continue pester sur les normes et autres noms d’oiseaux (pas en espèce menacée celle-là !)
Quand dans le même temps Bloomberg relate l’appétit des gestionnaires d’actifs pour les données climatiques dans la prise de décision financière la dissonance est curieuse, vous ne trouvez pas ?
Pas tellement lorsque l’on considère qu’il n’est pas forcément dans l’intérêt des financeurs que l’information sur la durabilité d’un secteur ou d’un autre soit trop publiquement diffusée. Après tout, il y a des coups à jouer dans une économie qui transitionne.
Mais vous. Porteuse, porteur de projet, où est votre intérêt ?
D’être bien positionné dans ces classements de durabilité si jamais vous devez faire appel à des fonds
D’être certain que votre modèle est fiable, stable et prévisible
De voir arriver les chocs en regardant autre chose que le cours immédiat de vos matières premières et de vos coûts de revient. Dans un monde instable, ce début d’année a démontré que ce n’était plus suffisant.
Le fait que l’écologie soit représentée entre autres par des personnes ayant des discours réducteurs, voire franchement biaisés sur l’entreprise ne devrait jamais empêcher celles-ci de se préoccuper de l’angle qui leur importe : comment s’assurer que la trajectoire sur laquelle est l’entreprise est solide, soutenable dans un monde qui devient plus incertain, prévisible pour envisager l’avenir à plus d’un mois de distance ?
Parce que les coups de chaud comme ceux de ces derniers jours reviendront. Vont se multiplier. Que vos approvisionnements venant du bout du monde sont plus que jamais à risque :
Et que les discours rassurants et lénifiants... Ceux venant des personnes qui voudraient vous faire croire que le business as usual existe encore tout comme ceux qui essaient de vous convaincre qu’il suffit d’appuyer sur ce bouton pour que tout aille mieux…
Tous ces discours vous font perdre du temps que vous n’aviez déjà pas à l’origine.
Comment faire pour dépasser le stade du discours ?
Les habitué.e.s de cette publication doivent être ravis de lire la réponse pour la 38ème fois, mais pour les autres la voici : compter, compter, compter.
Compter : les pertes dues aux événements climatiques extrêmes, le coût sur les approvisionnements, sur les délais de livraison et la certitude que l’on a qu’elles arrivent.
Compter : l’évolution des besoins clients, des attentes et les marchés qui évoluent parfois en quelques mois
Compter : le coût que la dégradation de l’environnement a sur les affaires courantes, décider si ce coût est soutenable ou s’il ne vaudrait pas mieux trouver des moyens de le réduire.
Compter, c’est par exemple savoir combien vous a coûté en 2025 un approvisionnement retardé à cause d’un épisode climatique, et intégrer cette variable dans votre prix de revient 2027. Pas par vertu. Par calcul.
En somme, utiliser une boussole économique pensée pour ce siècle.
Et pas pour les précédents.
Une boussole comme Archimede
Bonne semaine à toutes et tous, prenez soin de vous en ces périodes difficiles et pour celles et ceux qui sont déjà en vacances, profitez en doublement, la rentrée ne promet pas d’être apaisée !





